L’installation des Conseils de quartier et de comités consultatifs
Intervention de Bruno Chavanat
Conseil municipal, 06/10/08
Sur l’installation des conseils de quartier
Comment donner davantage la parole aux Rennais ?
Comment permettre à ceux qui veulent s’impliquer dans la vie de leur ville et de leur quartier de le faire ?
Comment susciter la participation de ceux qui ne s’expriment pas – soit parce qu’ils ont du mal à le faire, soit parce qu’ils savent qu’ils ne sont jamais entendus ?
Comment faire en sorte que cette implication se poursuive dans le temps et pas simplement au moment de la mise en place des conseils de quartiers ?
Voilà quelques questions auxquelles il faut répondre ce soir.
Soyons honnêtes. Le bilan du fonctionnement des conseils de quartier est mitigé. Nous sommes un certain nombre dans ce conseil à avoir exprimé la crainte d’un fonctionnement trop descendant, trop verrouillé des conseils de quartiers lorsqu’ils ont été mis en place lors du dernier mandat. A ceux-là, les faits ont en grande partie donné raison.
Ce constat s’impose à tout le monde. Il est utile – et même indispensable- que nous ayons tous un regard lucide sur ce qui ne fonctionne pas si nous voulons améliorer les choses. D’ailleurs, à lire le numéro du Rennais de ce mois-ci, -dont on ne peut pourtant pas dire qu’il exprime le point de vue de l’opposition- vous faites vous-même un constat mitigé.
Que nous révèle le bilan des 6 dernières années ?
Les conseils de quartier n’ont pas su susciter l’intérêt du plus grand nombre.
Tous ceux qui ont assisté à des conseils de quartier –spécialement dans les dernières années du mandat précédent- peuvent en témoigner : les assemblées sont peu nombreuses et moins nombreuses encore si l’on défalque les institutionnels. Les chiffres que vous citez concernant l’inscription et la participation des habitants –qui paraissent d’ailleurs élevés par rapport à la réalité constatée- parlent d’eux-mêmes. 1% des habitants sont inscrits. La participation effective est cinq à sept fois moins importante que le nombre des inscrits. Avouons qu’il y a de sérieuses marges de progrès à réaliser pour parvenir à une vraie instance de démocratie de proximité.
Naturellement, on peut rétorquer que la participation citoyenne est difficile à mobiliser, que toutes les associations connaissent ce problème, sans parler des partis politiques.Tout cela est vrai. Mais en partie seulement.
Car on le constate, à Rennes plus qu’ailleurs, il existe un fort potentiel de mobilisation et d’intérêt des habitants dès lors qu’un sujet les intéresse. Il n’est que de voir la participation nombreuse et fidèle à toutes sortes de conférences d’intérêt général ou d’actualité dont les amphis ne désemplissent pas.
On constate aussi que, dès lors que les habitants se sentent concernés par un problème de leur environnement proche, dès lors qu’il existe un lieu où ce problème est évoqué sans tabou, ils n’hésitent pas à s’informer et à s’exprimer. S’il y a eu 3000 personnes prêtes à signer une pétition commune dans le quartier des Longs Champs, non pas dans le cadre du conseil de quartier mais dans un cadre associatif, ce n’est pas un hasard.
Cette réalité doit interroger les responsables que vous êtes sur la manière d’inviter les Rennais à participer aux conseils de quartiers.
Il y a deux façons de le faire.
La première, celle que vous employez en cette « rentrée des conseils de quartier » consiste à faire une vaste campagne de publicité, sur les panneaux publicitaires de la ville, avec des dépliants, dans le magazine officiel de la ville : sur le thème « Conseils de quartier ! Rejoignez les en octobre ». Est-ce la bonne manière de faire ? Portera-t-elle des fruits ? Et surtout, portera-t-elle des fruits sur la durée ? Il y a lieu de s’interroger. Je ne veux pas critiquer par principe l’initiative mais je crains qu’elle ne réponde pas au cœur de la question et qu’elle fasse venir des habitants pour un temps avant que- comme dans le dernier mandat- ils ne repartent déçus de ne pas avoir gouté à une démocratie de proximité aussi juteuse et pulpeuse que les quartiers d’orange que l’on voit sur les affiches.
Nous pensons nous que la publicité ne suffira pas si on ne s’attaque pas au fond. Nous pensons que la meilleure manière de revitaliser les conseils de quartier c’est de changer leur contenu et leurs méthodes.
Les conseils de quartier sont ressentis comme des lieux d’information descendante et non comme des lieux d’initiative citoyenne. C’est cela qu’il faut changer.
La question est double.
C’est d’abord une question de contenu. Contrairement à ce que l’on peut penser en voyant les chiffres de fréquentation, les habitants des quartiers n’ont pas rechignent pas à venir s’informer et prendre des initiatives concernant leur quartier. Ils ont même spontanément tendance à considérer que le Conseil de quartier est le lieu pour exprimer leurs difficultés. C’est notamment ce qui explique le fait qu’à Rennes Centre, qui vit de manière chronique des problèmes qui ne sont pas résolus, les chiffres d’inscrits soient les plus élevés.
Mais les habitants attendent en retour que le Conseil de quartier se saisisse sans tabou et sans délai des sujets qui les intéressent. Je me limiterai à deux exemples qui me paraissent très caractéristiques.
Il y a d’abord les sujets qui fâchent : on en a un bon exemple avec les violences urbaines ou les incivilités. Mais ça peut être une fermeture d’école ou les conditions d’expropriation dans le cadre d’une ZAC. Si le conseil de quartier ne s’en saisit pas, qui s’en saisira ?
Il y a ensuite tous les sujets qui concernent l’espace public et plus largement l’aménagement. Cela concerne l’aménagement de proximité (trottoir, bancs, jeux pour les enfants), les conditions de circulation dans la rue (zones 30, pistes cyclables, stationnement, sécurité des piétons, desserte de transports en commun), la qualité de l’environnement du quartier (espaces verts, arbres et fleurs mais aussi œuvres d’art) et naturellement les grands aménagements (ZAC, constructions d’immeubles). Sur ces questions qui intéressent tout le monde, parce que dans un quartier l’espace public c’est partagé par tous, il doit y avoir une compétence consultative de principe du conseil de quartier.
Alors évidemment, tout cela ne va pas sans changer de méthode. A lire et entendre Nathalie APPERE, j’ai compris qu’elle admettait un certain malaise des conseils de quartier mais qu’elle ne voulait pas changer la méthode. Pour ce qui nous concerne, nous vous le disons nettement, si vous voulez que le malaise continue, ne changez rien !
Mais si vous voulez réveiller les conseils de quartier, alors il faut changer sur deux points.
Le premier point, c’est la présidence des conseils de quartier.
Tant qu’on aura un élu désigné par le haut, quoique l’on fasse, les conseils de quartier seront cantonnés dans le rôle d’une assemblée que l’on informe de ce qui se décide ailleurs, en haut lieu, à la mairie ou dans la direction de quartier. Au mieux ce sera une assemblée à laquelle on demande son avis. Mais -c’est d’ailleurs le constat que l’on peut faire aujourd’hui- ce ne sera pas une assemblée d’initiative. Car il n’existe pas d’assemblée d’initiative à laquelle on dise par avance : « voilà qui est le chef » !
Le deuxième point, c’est l’affirmation claire des droits des habitants dans les conseils de quartier
Admettons un instant que l’on ne veuille pas laisser les habitants désigner celui qui préside les débats (Ce qui n’est pas notre proposition). Admettons que l’on refuse de lier les décisions du Conseil municipal par les décisions des conseils de quartier (Ce qui se comprend mieux). Au moins les habitants ont-ils le droit de savoir de quels droits d’information voire de contre expertise ils disposent et comment leurs avis sont pris en compte dans les décisions. Ainsi ils devraient avoir l’assurance, qu’ils peuvent, dans une proportion des inscrits à définir, convoquer le conseil de quartier pour traiter d’une question urgente ou importante, qu’ils ont un droit d’information et d’expertise de leur propre initiative, que leur avis ne se perdra pas dans les sables et que, dans un certain nombre de décisions importantes, il sera systématiquement connu et exprimé au moment de la décision qui les concerne. Pour tout cela, il faut profondément renouveler la charte de fonctionnement des conseils de quartier.
Reste une dernière question qui, en l’état, n’est pas résolue.
Le partage des rôles entre les conseils de quartier et les associations de quartier reste problématique.
Au démarrage des conseils de quartier, la question des relations association ou comité de quartier-conseil de quartier a été l’un des points de crispation. Il faut reconnaître que pour les associations de quartier, la crainte était légitime de voir une instance nouvelle venue d’en haut marcher sur leurs plates bandes que des années de bénévolat, de militantisme et souvent d’amitiés avaient contribué à bâtir.
Six ans après, quel est le bilan ?
Là encore il est mitigé. Bien sûr, tout n’est pas négatif. Dans de nombreux cas, il y a eu de la bonne volonté de part et d’autre pour collaborer pour la bonne marche du quartier. Souvent, les représentants associatifs sont présents au Conseil de quartier.
Mais derrière ce constat en demi-teinte, il y a une question importante.
Oui ou non considère-t-on que les associations ont un rôle spécifique que le Conseil de quartier, dans son mode de fonctionnement actuel, ne peut pas remplir et qu’elles seules peuvent remplir parce qu’elles seules procèdent de l’initiative des habitants et non pas du pouvoir municipal.
Oui ou non veut on les aider à assumer ce rôle ?
Si la réponse est oui, si l’on admet que la démocratie de proximité repose sur deux piliers : à la fois la consultation des habitants au sujet des décisions de la municipalité, mais aussi l’initiative des habitants librement organisée, alors il ne faut pas se contenter de soutenir le premier pilier. Il faut aussi agir concrètement pour que les associations de quartier jouent elles aussi pleinement leur rôle dans la démocratie de proximité.
Là encore, je me limiterai à deux pistes.
- Première piste : les journaux de quartiers. Là où ils existent, ils constituent un lien de proximité précieux : une source d’information mais aussi un lien de convivialité. Si l’on veut qu’ils jouent pleinement leur rôle ces journaux doivent être libres et ne pas dépendre du pouvoir municipal. C’est donc bien le rôle des associations de s’y investir comme elles le font. Or, même s’ils ne représentent aucune charge salariale, ces journaux nécessitent des moyens. Certaines associations sont soutenues mais généralement au détriment d’autres actions. Certaines associations n’ont aucune aide en la matière. Il y aurait tout intérêt à conventionner avec les associations de quartier pour les aider.
- Deuxième piste : l’accueil des nouveaux habitants. Nous avons assisté ici même il y a huit jours à l’accueil des nouveaux Rennais. L’initiative est sympathique. Mais elle est nécessairement ponctuelle. C’est en réalité au niveau des quartiers que les solidarités concrètes peuvent se nouer parce que l’on y retrouve des voisins des parents d’élèves des commerçants que l’on fréquentera quotidiennement. N’est-ce pas là un rôle sur lesquels là encore une aide concrète peut être apportée aux associations ?
Vous l’avez compris, notre démarche part de votre constat. Les conseils de quartier sont en place mais ils peuvent mieux fonctionner.
La question d’aujourd’hui est voulons nous améliorer les choses et comment ? C’est le sens de nos propositions.
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3 commentaires de “L’installation des Conseils de quartier et de comités consultatifs”
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23 octobre 2008 à 17:10
Bruno Chavanat sent bien le malaise qui entoure le re-démarrage des conseils de quartier, malgré pourtant sept années de rodage. Et encore il ne peut déjà savoir qu’à Villejean, par exemple, ce re-démarrage, d’autorité, prendra trois séances, d’octobre à décembre. A quoi, se demandent certains, servent les réflexions développées au CRES-CREVA ?
Cependant, la problématique qu’il propose n’a pas sur tous les points une netteté suffisante.
Pour raisonner sainement sur les conseils de quartier, il faut parler d’abord des associations ou comités de quartier et même, si l’on veut, de ces « collectifs » qui rechignent encore à assumer les exigences du statut proprement associatif. La liberté d’association est une conquête vieille maintenant de plus d’un siècle. Parallèlement à la démocratie élective, elle constitue un pilier essentiel de la vie démocratique. Des associations, Bruno Chavanat a raison de dire : « elles seules procèdent de l’initiative des habitants ». Elles sont le véritable lieu de la « démocratie de proximité ».
Le conseil de quartier, ce tard venu, n’est pas une association : que voudrait dire une association installée par l’autorité municipale ?
Il n’a pas à copier le fonctionnement associatif. Doit-il avoir des « inscrits » ? C’est sans doute commode pour les statistiques ainsi que pour les courriers d’invitation si on y tient ; mais l’annonce publique et l’entrée libre ne feraient-elles pas aussi bien l’affaire ? Le conseil de quartier doit-il s’organiser en commissions permanentes, comme il arrive aux associations de le faire ? Des groupes de travail conjoncturels, en fonction de l’actualité du quartier et des ordres du jour du conseil, semblent plus adaptés à sa mission.
Le conseil de quartier ne doit surtout pas devenir une menace pour la vie associative. La vie associative pourrait se trouver réduite à l’insignifiance si le conseil de quartier tendait à la doublonner – toujours la question des commissions ou cette idée d’un « petit journal du conseil de quartier » là où existe déjà un journal de quartier – ou si le conseil venait à être considéré comme le canal unique et obligé de la relation avec la Ville, les élus, par exemple, se dispensant de réagir aux courriers d’origine associative. Le conseil de quartier ne doit surtout pas signifier : « Bon débarras des associations » !
Mais qu’en est-il alors de ces conseils de quartier ? Le conseil de quartier, à mon sens, n’est et ne peut être qu’une commission extra-municipale consultative décentralisée.
« Décentralisée » cela devrait aller de soi, puisque la base c’est le quartier (dont le périmètre peut à l’occasion être réexaminé). Chaque conseil doit donc avoir une relative autonomie dans ses rythmes, ses ordres du jour, ses méthodes ; s’il est vivant, il aura ses petites habitudes et son petit caractère.
Cela devrait aller de soi, mais la Ville nous donne à méditer, en cet automne, un bon contre-exemple : tous les conseils de quartier se trouvent sommés de se présenter en rangs par quatre aux réunions de rentrée fixées en haut lieu entre le 13 et le 16 octobre. Simple « coup de com », comme le pense Chavanat ? Il en dit long, en tout cas, sur la force des vieilles habitudes centralisatrices.
« Commission extra-municipale » : c’est dire que le conseil de quartier est un outil et une instance de la gouvernance municipale (aujourd’hui légalement obligatoire). Il est donc naturel qu’il soit présidé par un élu (s’il fallait élire le président, qui seraient les électeurs ? ). Le vrai problème est moins celui du président que de ce qu’on appelle le « comité de pilotage » censé animer la vie du conseil mais parfois plus préoccupé de son petit rôle décisionnel : la répartition de la modeste enveloppe à sa disposition. La solution est-elle dans le formalisme (représentants des « collèges » et/ou des commissions) ou dans un volontariat militant validé en assemblée ?
Commission extra-municipale, le conseil de quartier ne peut être que consultatif. Ne rêvons pas d’un parlement ou, plus modestement, d’un conseil municipal de quartier ni, à plus forte raison, de quartiers en autogestion. Il ne peut guère être une assemblée représentative élue, tout au plus un conseil des sages ou une sorte de conseil économique et social (et culturel) local. Il ne peut guère devenir un organe de décision : s’il lui arrive de formuler des vœux, ceux-ci ne prendront corps qu’avec l’accord de la Ville et les moyens des services municipaux.
Mais une assemblée consultative, ce n’est pas rien, si on lui fait jouer son rôle. En l’espèce, un double rôle. Car on voit surtout le rôle d’échange entre le quartier et la municipalité. Echange : le conseil de quartier est un lieu où s’expriment les habitants et les acteurs, économiques et institutionnels, du quartier et non d’abord comme, de manière révélatrice, l’écrit la Ville sur papier glacé, un lieu qui « permet une meilleure diffusion et communication vers (je souligne) les populations du quartier ». Mais, par le fait même, le conseil est aussi lieu de rencontre entre les différentes composantes de la vie du quartier qui peuvent y trouver l’occasion de se mieux connaître et de confronter leurs approches. Il s’agit de trouver les moyens de mettre en œuvre cette double fonction.
23 octobre 2008 à 23:58
Merci de votre riche commentaire que l’on sent nourri par l’expérience. Comme vous je pense qu’il faut que les conseils de quartier trouvent leur rôle, comme vous je pense aussi que ce rôle ne peut pas et ne doit pas être le même que les associations, que la municipalité doit aider à vivre par elles-mêmes et non pas tenter de concurrencer.
Le constat que nous faisons est que pour l’instant ce rôle n’est pas encore bien clair et que l’attitude de la municipalité qui a du mal à abandonner la maitrise des débats (information très majoritairement descendante, fonctionnement très maitrisé par l’élu ou la direction de quartier) n’est pas pour rien dans le fait que beaucoup des habitants qui se sont inscrits en début du dernier mandat ont peu à peu déserté les conseils et que dans certains conseils, les commissions thématiques ont perdu toute substance.
C’est pourquoi nous pensons que pour redynamiser ces enceintes qui peuvent être utiles, il faut donner avec beaucoup plus de clarté le mode d’emploi aux habitants (sur quels sujets précis veut on consulter les conseils de quartier?) et respecter une charte démocratique suivant laquelle les avis rendus (qui resteront consultatifs seront véritablement portés à la connaissance des décideurs administrations ou élus).
Cela mérite une charte des conseils de quartier que nous appelons de nos voeux.
Cordialement
BC
23 novembre 2008 à 15:54
Grand messe des conseils de quartiers
J’ai promis à une personne du conseil de quartier de Bréquigny, à l’issue de cette émission de télévision à laquelle j’ai été moi aussi conviée comme membre du comité de quartier du Blosne de réêrcuter sa colère qui est aussi la mienne.
Nous avons été très pressés de nous rendre ce samedi 22 novembre au TNB pour assister au lancement des comités de quartiers.
En fait, nous devions seulement faire acte de présence pendant que le maire et son adjointe se gargarisaient à la télévision du succès cette action de « démocratie de proximité »
Si nous nous sommes inscrits dans ces comités, ce n’est pas pour servir de faire valoir à la municipalité? c’est dans l’espoir de pouvoir nous exprimer et, encore une fois, cela n’aura pas été le cas!