Intervention de Jérôme NORMANDIERE

Conseil Municipal du 7 mars 2009

 

Monsieur le Maire,

Mes chers collègues,

Vous le rappeliez dans votre intervention ce matin, ce budget est supposé avoir quelque chose de fondateur. C’est en effet le premier budget de votre mandat. Il est comme tel attendu et observé en ce qu’il est censé traduire la marque de vos projets, de vos priorités, et allez… Osons le mot même s’il paraît en l’espèce un peu osé, justement… vos ambitions…

Or en fait de budget fondateur, c’est grosso modo le même que l’année dernière.

Les ambitions ne manquaient pas pourtant à lire votre programme. Vous ne m’en voudrez pas j’espère, puisque ce budget est aussi censé être la traduction de vos engagements, d’en citer quelques extraits :

« La culture est essentielle pour l’épanouissement de la personne et la formation du citoyen dès le plus jeune âge« .

« Soutenir un projet culturel ambitieux, c’est créer les conditions pour que l’art et la culture soient au cÅ“ur de la cité, c’est permettre la mise en relation de l’ensemble de la population avec la diversité des formes artistiques qu’elles relèvent du patrimoine ou de la création contemporaine »

Chacun ici souscrira à des (déclarations) d’intentions que l’on retrouve d’ailleurs pratiquement dans tous les programmes électoraux qui se succèdent et de ce point de vue se ressemblent assez souvent.

On retrouvait en effet quelquefois au mot près les mêmes analyses dans le programme de M. Hervé en 2001.

Elles étaient d’ailleurs accompagnées de constats pour certains d’entre eux tout à fait pertinents:

« Il nous semble nécessaire de revoir la stratégie de communication globale susceptible promouvoir les manifestations tant à Rennes auprès de tous les publics qu’au niveau national et international : la notoriété culturelle de Rennes n’est pas en rapport avec ce qu’elle propose. »

L’autocritique étant chose assez rare, il paraît opportun de souligner la justesse de l’analyse. Une analyse relayée d’ailleurs plus tard et jusqu’à tout récemment par l’aveu de Mme Robert à la Commission rayonnement de la Convention des élus de Rennes Métropole de Septembre 2007: en substance: « le fait que Rennes n’ait pas été en mesure de postuler au titre de capitale européenne de la culture de 2013 pose et appelle beaucoup de questions ».

On connaît l’effet d’entraînement de cette reconnaissance sur la vie culturelle des villes qui y concourent. Mieux que beaucoup d’autres, elle contribue à souder ses habitants autour d’un projet culturel partagé. Que l’on ne parle pas de taille: St Etienne ou Amiens étaient sur les rangs, tandis que parmi les deux capitales européennes de la culture retenues pour 2008 figure la ville de Stavanger qui ne compte pas plus de 120 000 habitants.

Deux réflexions à ce titre: 

  • - Malgré des crédits importants, des équipes de talents, un public potentiel nombreux, Rennes dépense de l’énergie sans toujours être en mesure de capitaliser sur son rayonnement. C’est le syndrome du bonsai: beaucoup d’efforts, de patience, de talents, de persévérance, mais l’arbre reste petit.
  • - On peine à voir la stratégie culturelle au-delà des soutiens aux navires amiraux que sont le TNB, le Conservatoire, aux très nombreux festivals rennais ou même le Garage qui verra le jour en avril prochain.

Malgré son brillant et quelquefois même son brio d’hier, la politique culturelle Rennaise si vous me permettez l’image, me fait un peu penser à un astre déclinant: sa lumière continue certes de nous parvenir, mais elle s’étiole peu à peu faute de souffle, d’ambitions, et d’axes fédérateurs clairement assumés.

La culture, c’est à la fois ce qui rassemble, ce qui élève et construit, et ce qui ouvre au monde.

De ce triple point de vue, le budget 2009 semble être celui des occasions voire même des « rendez-vous » manqués puisqu’il s’agit de votre premier budget: je pourrais énumérer les manques, comme l’absence de signal fort envoyé en direction des café concert à l’image de ce qui se fait à Nantes alors que le terreau rennais porte un humus particulièrement fertile à cet égard.

Je m’attarderai plus particulièrement sur trois rendez vous manqués et les propositions qu’ils nous inspirent.

Rendez vous manqué de votre majorité avec ses promesses.

Je ne parle pas de la rénovation des Portes Mordelaises, en souffrances à tous égards depuis de nombreuses années, à inscrire dans un plan d’ensemble pour valoriser le patrimoine culturel rennais. Je ne parle pas non plus de  l’auditorium annoncé en 2001: adossé au Centre des Congrès, les Rennais devraient pouvoir en profiter vers 2016.

Plus encore, en 2001 Edmond Hervé proposait -je cite- « que le Couvent des Jacobins devienne un grand centre d’Art qui regrouperait le Musée des Beaux Arts et les expositions du Frac ». « Ce projet à la hauteur des ambitions européennes de RM faciliterait les échanges et développerait fortement cette dimension artistique« . Au lieu de cela, vous vous obstinez contre toute évidence à prévoir d’y implanter le Centre des Congrès.

L’idée de 2001 était pourtant excellente et nous nous permettons de la reprendre aujourd’hui à notre compte en vous invitant à vendre le Musée des Beaux Arts et le transférer au Couvent des Jacobins. On l’a entendu, c’est un budget de crise. Monsieur André indiquait ce matin qu’il chiffrerait nos propositions… Je lui épargnerai cette tâche fastidieuse en proposant de les gager sur les ressources issues de la vente du site.

Nous vous proposons une mesure non seulement économe de l’argent public mais également à même d’accompagner les initiatives destinées accompagner l’ambition que nous devons avoir en matière culturelle. Vendons le bâtiment du Musée des Beaux Arts, et transférons ses collections aux Jacobins. Il va de soi que l’implantation du Centre à proximité de la Gare par préférence à une très coûteuse mise aux normes, serait elle aussi respectueuse du bon usage de l’impôt. Concernant le Musée des Beaux Arts, mieux qu’une rénovation, d’ailleurs entreprise très tardivement, nous honorerions certainement plus facilement le rendez-vous du Musée avec son public.

Au chapitre « rayonnement », Rendez vous manqué de la Ville avec son destin de Capitale Régionale. En tant que Rennais, je ne peux que regretter que la capitale culturelle de la Bretagne soit à Carhaix, Lorient ou Paris selon les manifestations qui s’y tiennent. Qu’attendons nous pour concourir à l’organisation d’un événement populaire autour de la création bretonne? Les initiatives existantes sont déjà nombreuses. Le terreau est là. Il manque l’impulsion et la volonté politique. La Bretagne a une identité culturelle très forte. L’association se fait spontanément vue de Paris ou de l’étranger. Il est regrettable à ce jour que Rennes ne joue pas sa partition et n’ait pas le rayonnement auquel elle pourrait prétendre en matière de culture bretonne. L’initiative contribuerait également à renouveler l’offre festivalière dont le programme de votre majorité en 2001 faisait d’ailleurs état d’interrogation sur la lisibilité du foisonnement et la mise en question de son sens. On nous y annonçait une réflexion menée pour « optimiser la dimension de l’événementiel Rennais ». Sur ce registre, on pt tout aussi bien évoquer l’exemple du festival des Sciences de Gennes dont la Ville pourrait s’inspirer, ce dont vous parlera ma collègue Françoise Lhôtellier.

Autre rendez-vous inabouti, que je souhaiterais citer c’est celui du rendez vous de la culture avec son ou ses publics. Certes, la médiation culturelle à l’école et dans les quartiers c’est une très bonne chose. Ce sont même les publics scolaires et accompagnés qui fournissent aujourd’hui la majorité des visiteurs du Musée des Beaux Arts. Nous pensons qu’une initiative autour de la gratuité des Musées aux moins de 25 ans aurait pu être prise en relais de celle qui sera proposée dans les musées nationaux. Les études qui ont été menées montrent que l’impact sur la fréquentation est avéré. Le cibler sur les jeunes permettrait non seulement de créer des pratiques dés le plus jeune âge mais aurait aussi un effet d’entraînement sur l’ensemble de la population. Nous proposons même d’y ajouter un élargissement des amplitudes horaires pour qu’ils soient ouverts le jeudi soir. Une réponse « en plus » aux différentes « nuits » déjà mises en place par la Ville de Rennes et qui complèterait utilement la gamme des initiatives municipales. C’est aussi un message que la Mairie adresse aux étudiants en évitant le jeunisme qui consiste à faire semblant d’oublier que la semaine ne s’arrête pas le jeudi soir et qu’une vie d’étudiant doit avoir pour objet de se construire une vie d’adulte.

Voici très concrètement trois exemples de rendez-vous qu’il eût été opportun d’honorer. Ils auraient eu le mérite de dessiner des axes stratégiques à une politique culturelle rennaise dont on peine à voir les tenants et les aboutissants au-delà de la reconduite de l’existant.

Un existant auquel il faut rendre hommage, mais qui, s’il n’est pas prolongé voire renouvelé risque un jour d’être incapable de répondre au foisonnement, à la richesse et aux initiatives culturelles de la ville et de se scléroser dans un « culturellement correct »Â  qui n’aurait plus de culturel que l’apparence et l’apparat.

Je vous remercie.