Dégradation des immeubles du centre ville: aborder aussi la question par l’angle de la mixité résidentielle
Un thème fréquemment revenu au cours de la campagne électorale du printemps dernier est celui de la situation alarmante de l’état des immeubles en centre ville.
Elle est pourtant clairement identifiée depuis 1997. Une enquête diligentée encore récemment par la Mairie dénombrait près de 600 immeubles vétustes, dont 45 dans un état « critique ».
La plupart d’entre eux relèvent du secteur sauvegardé de Rennes et sont donc classés. Les travaux de rénovation sont dés lors soumis à des conditions de réalisations et de délais qui les rendent financièrement dissuasifs, même aidés par les responsables publics. On peut se demander si l’enveloppe consacrée à l’accompagnement des propriétaires par la Mairie a d’ailleurs bien toujours été à la mesure des enjeux. Pour mémoire, en 2005, elle consacrait à la rénovation des cages d’escalier un budget de 123 509 euros, soit une moyenne de… 2000 euros par cage d’escalier.
En partenariat avec l’ANAH, la Région, le Département et Rennes Métropole, une Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat (OPAH) a toutefois été engagée en mars 2007, qui vise notamment la réhabilitation des parties communes de 75 immeubles.
L’acuité du problème invite aujourd’hui la Mairie à une obligation non plus seulement de moyens, mais de résultats.
L’incendie d’un immeuble à pans de bois, des fermetures de commerce (effondrement d’un mur porteur rue St Melaine) un patrimoine historique qui se dégrade… Si la Municipalité a semble-t-il aujourd’hui bien perçu la situation, elle n’a, à l’évidence, pas bien calé le degré d’urgence des solutions à y apporter.
A lire l’autosatisfaction affichée par la Majorité dans une expression politique consacrée, dans l’Info Métropole de ce mois (p.19) à la question du logement, il est permis de douter qu’elle en prenne le chemin. La feuille de route est pourtant tout à fait pertinente: «… le centre ville rennais ne doit pas être vu uniquement comme un vestige de l’histoire de la capitale bretonne mais bien comme un pari pour l’avenir : il joue un double rôle social et sociétal ».Les voies et moyens envisagés montrent cependant que la réflexion s’est arrêtée au « milieu du gué »: « le centre ville offre de nombreux studios convenant aux besoins des 50 000 étudiants métropolitains, mais il est aussi une vitrine de notre agglomération. Il est donc légitime que leurs propriétaires puissent bénéficier d’une aide logistique et financière afin de leur permettre de faire face aux surcoûts entraînés par le classement en patrimoine historique de ces immeubles. C’est ce qui est mis en œuvre à travers les OPAH successives ».
L’initiative de la rénovation appartient en effet aux copropriétés. Mais l’incitation n’est pas uniquement financière. Elle participe aussi (surtout ?) d’une ambiance générale et d’une volonté politique tendant à réintroduire dans le centre ville la mixité résidentielle qui lui fait aujourd’hui défaut. Pourquoi en effet, les propriétaires seraient ils incités à rénover des logements qu’ils ne trouveront de toutes façons à louer qu’à des étudiants (par définition plus ou moins impécunieux) ?
Les dégradations, les incivilités, le bruit ont effet fait fuir, familles, commerçants, et ménages aisés qui sont partis chercher ailleurs la qualité de vie qu’ils ne trouvaient plus dans le centre. Un quartier dont on laisse partir tous ceux qui concourent, à côté des étudiants, à dessiner le visage d’une ville diverse, plurielle, est il encore vraiment considéré comme un « pari sur l’avenir? »
Si l’on veut que les incitations financières rencontrent effectivement la volonté des propriétaires, on ne pourra pas faire l’économie d’inscrire la réhabilitation des immeubles du centre ville dans un projet plus large, qui interroge la problématique de la mixité et qui dresse en matière de vie résidentielle dans le centre ville, des perspectives renouvelées.
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