Evénements du Centre Ville: pour des réponses politiques
Curieux et inquiétant télescopage dans l’actualité de ce week-end à Rennes. Deux événements certes distincts mais qui semblent tous deux tirés de références cinématographiques ou de scènes dont on croyait que la Ville resterait préservée.
La première, une bataille rangée dans un bus du Centre Ville entre une « bande de jeunes » et des contrôleurs de la STAR. La seconde, un déchainement de violence gratuite sur un technicien du TNB qui regagnait son domicile du Centre Ville au petit matin. Le Rennais agressé n’a dû la vie sauve qu’à une patrouille de police qui passait par là…
Le sujet est sensible. Parce qu’une expression politique ne peut pas se réduire à la manifestation de l’élan compassionnel naturellement adressé en direction des victimes. Parce qu’une expression politique doit dépasser l’émotion légitime qui étreint spontanément chacun d’entre nous devant des événements de cette nature. Parce qu’une expression politique ne peut pas se limiter à les intérprêter sans les envisager dans aussi dans leur complexité ou leur contexte. Parce qu’une expression politique responsable, si elle doit éviter de confondre le sentiment d’insécurité et l’insécurité elle-même, ne peut pour autant s’exonérer de prendre en considération les réactions que l’évenement suscite. Parce qu’une expression politique doit y rattacher du sens (signification, direction…) et partant proposer des réponses politiques aux questions qu’il soulève.
Plusieurs enseignements donc et autant d’invitations à agir:
1) Rennes, du point de vue de l’insécurité, continue de “se banaliser”. L’exception « bretonne » qui voyait la Région comparativement préservée des tendances nationales est en train de se résorber. Le dernier rapport de l’Office National de la Délinquance (OND) est à cet égard éloquent. La dégradation que chacun ressent confusémment monter depuis plusieurs années se vérifie au plan statistique. Si les chiffres, quelquefois contradictoires, ne parvenaient pas à emporter la conviction, il suffirait de se reporter à l’intensité des événements de ce week-end pour constater que Rennes rejoint les villes de taille comparable pour ce qui relève des “atteintes à l’intégrité physique“. Ce qui est remarquable est donc autant la “banalisation” en elle-même, que les raisons d’un différentiel longtemps maintenu… qui sont autant d’indices d’une réponse politique à apporter en conséquence pour renouer les principes qui se sont délités.
2) Au plan des responsabilités politiques, ces phénomènes interrogent in fine la question du “vivre ensemble”. C’est bien l’effacement de l’humain derrière un statut et un uniforme de contrôleur (symbole d’une autorité désormais honnie) et la négation de l’individu “tout court” qui sont à l’oeuvre derrière ces déchaînements de violence gratuite. Le “vivre ensemble” relève d’une responsabilité collective. Etat, institutions, éducation, collectivités locales… La Ville y a effectivement un rôle à jouer, a fortiori lorsqu’elle est dirigée par une équipe qui s’est longtemps revendiquée d’être “mieux disante” en la matière.
3) Au-delà d’une politique et d’une stratégie de fond, la responsabilité politique se lit également au regard d’une “ambiance générale”. Entre laxisme et fermeté. Angélisme et réalisme. Prévention et répression. Il y a là des signaux à envoyer et des équilibres sans doute à redéfinir. Le fait que l’alcool soit systématiquement impliqué dans ces débordements indique qu’il y a là une marge de manoeuvre à faire valoir. L’actualité rappelait encore il y a peu combien la région et la ville (qui fit même il y a quelques semaines l’objet d’un reportage du JT de France 2 sur la question) détiennent en matière de “consommation ponctuelle” (binge drinking), des records nationaux. S’il y a une réponse énergique à apporter c’est bien de se montrer intraitable sur l’interdiction de l’alcool dans les bus, transports collectifs et plus largement sur la voie publique.
4) Enfin, qu’on s’y résigne ou qu’on s’en réjouisse, la vidéoprotection fait partie des outils qui confortent incontestablement la panoplie des leviers que les acteurs publics ont à leur disposition. D’une efficacité éprouvée (jusque dans le métro rennais), il y est aujourd’hui recouru de plus en plus largement (cf exemple de l’accord intervenu à Paris entre le Maire et la préfecture de Police). Les français y sont majoritairement favorables, ce d’autant que les dispositifs sont encadrés et assortis d’étroites conditions tendant au respect des libertés publiques et individuelles.
Compte tenu des équilibres qu’elle met en jeu, elle doit faire l’objet d’un débat sans tabous qui doit être aujourd’hui proposé aux Rennais.















17 novembre 2008 à 14:13
N’est-ce pas le résultat d’une désastreuse politique de l’autruche ? Ou sont-ils les responsables de cette ville auto satisfaits, incapable d’une quelconque remise en cause ?
Pourquoi nier l’évidence ? Rennes évolue médiocrement. Je vous fais grâce du chapitre « Nantes », nous en sommes désormais trop éloigné !
Pourquoi entreprend-t-on si peu pour envisager le devenir de notre belle capitale régionale en perdition….
17 novembre 2008 à 14:19
A Rennes, les élus socialistes sont comme leur parti, sans projet, sans leader, sans stratégie. Mais les Français votent pour eux parce que les échecs du socialisme entretiennent le socialisme.
17 novembre 2008 à 17:40
Vous avez raison… il faut des réponses politiques. Nous devons expérimenter la vidéoprotection. J’ai lu, aujourd’hui, dans la presse que selon une enquête réalisée pour le compte de la CNIL, 71% des Français sont pour la vidéosurveillance dans les lieux publics. 65% d’entre eux estiment que la multiplication des caméras permet de lutter efficacement contre la délinquance.
17 novembre 2008 à 22:04
Mais où sont passés les Nozambules…
On nous avait présenté ce projet comme la solution aux maux des nuits de fin de semaine du centre ville. Pourtant, j’ai beau me promener régulièrement jusque tard dans la nuit je ne les ai jamais rencontrés. En revanche depuis la fin de la campagne municipale, les bouteilles d’alcool ont refait largement leur apparition dans les rues du centre, soit dans les mains de leurs consommateurs, soit cassées sur la chaussée. Si vous avez des doutes allez vous promener entre 1h et 3h du matin à la sortie des bars. Pourtant les solutions sont simples car la majorité des jeunes et moins jeunes qui sortent dans le centre sont des gens tout à fait respectables. Aussi ils comprendront le bien fondé de quelques caméras de surveillance, la présence de quelques agents de la police municipale chargés de tempérer les nuissances sonores de la sortie des bars, phénomènes inhérent à tout regroupement d’une foule dans un espace restreint et enfin l’application des arrêtés municipaux interdisant la consommation d’alcool dans les rues. Seules les personnes déraisonnables s’opposeront à ces mesures ainsi que les démagogues qui ne sortent jamais et ne voient pas leur ville qui change.
17 novembre 2008 à 23:06
Votre propos semble plutôt équilibré: j’apprécie que vous remettiez à sa juste place la réponse politique à apporter à des événements comme ceux-ci. Au-delà de la répression sur laquelle la municipalité actuelle aura pêché par angélisme et ce qu’il faut bien appeler une forme d’aveuglement, c’est bien sur le sens collectif, le “vivre ensemble” sur lequel il nous faut travailler tous, chacun à notre mesure. Là encore, les initiatives qui ont été prises par la mairie, dt certaines vont plutôt dans le bons sens, nourrissent un sentiment général d’auto-satisfaction alors qu’elles devraient conduire à l’humilité le “toujours plus” ou “toujours mieux”. Par ailleurs, il me semble de mémoire que D. Delaveau n’était pas opposé (pendant la campagne) au principe de la vidéosurveillance. Une évolution logique quand on voit que toutes les villes s’y mettent et que les procédures permettent de l’encadrer. Affaire à suivre donc…
18 novembre 2008 à 0:59
Perso, en tant que “jeune rennaise” je sors souvent dans la semaine en centre-ville. je n’ose même pas passer par certaines rues (st michel ou place st anne) le soir! je dois bien l’avouer, l’ambiance s’est nettement dégradée et il est plus que temps d’agir!
je ne suis pas contre quelques caméras de surveillance si cela nous permet d’éviter ou du moins diminuer les agressions. Tout est une question d’encadrement..
18 novembre 2008 à 16:26
REPONSE A THIERRY G
Nous aussi, trois conseillers municipaux du groupe RENNES CAPITALE, nous nous sommes demandé où sont passés les nozambules et nous avons tenté d’aller y voir de plus près jeudi 6 novembre dernier. Notre déambulation à travers la ville a fini par ressembler à la comptine “il court, il court le furet, il est passé par ici, il repassera par là…’ Bref, nous n’avons pas trouvé les nozambules, à chaque étape, de la rue saint michel jusqu’au 4 bis, ils étaient partis quand nous y étions.
Quelles leçons en tirer?
1/ S’il s’agit d’intervenir lorsqu’il y a une situation qui risque de dégénérer, autant mettre une aiguille dans une botte de foin. Les nozambules ne peuvent évidemment pas couvrir un territoire aussi large;
2/ S’il s’agit seulement de prévenir, comment repérer les personnes ou les groupes à risque et suivant quel mode ? Nous aimerions voir les nozambules à l’oeuvre. La prochaine fois que nous reviendrons, nous les préviendrons. C’est probablement la seule solution de ne pas les rater…
18 novembre 2008 à 21:57
Qu’attend Mr DELAVEAU pour aborder l’insécurité dans notre ville et mettre en place des caméras de surveillance? Qu’il ne vienne pas encore nous dire que c’est une atteinte à la vie privée, alors qu’il se vante d’un métro ultra sécurisé avec toutes ses caméras. Les agressions dans notre ville ne se font pas que la nuit ; à 8 H du matin en semaine il y a un mois rue des Trente une personne agressée s’adressait aux personnes de notre immeuble pour savoir si nous avions été témoins. Si rien n’est fait nous sommes condamnés à ne plus aller au restaurant, au cinéma, à l’opéra etc… La sécurité des personnes et des biens est de la responsabilité de Mr le maire.
19 novembre 2008 à 12:18
Je suis tout à fait d’accord avec vous sur la vidéosurveillance, qui est une question de bon sens. : ainsi, en 2007, Lyon était la ville la plus “vidéosurveillée” de France avec près de 2700 caméras. La pseudo “atteinte à la vie privée” est-elle plus importante que le risque d’atteinte à la vie des citoyens ?
19 novembre 2008 à 21:32
J’aimerais tempérer ce qui semble une adhésion génerale au principe de la videosurveillance. Je prendrais l’exemple de l’Angleterre, le pays le plus vidéosurveillé d’Europe, au point que certains en viennent à parler d’un État “Big Brother”. Ses partisans vantent ses mérites, mais de nombreuses études révèlent en fait qu’elle n’est pas efficace. L’une d’elle a étudié 14 lieux différents où l’on avait installé des caméras, or on a trouvé que seulement l’une d’elle a permis une réduction de la violence. De plus dans certains cas, et c’est un argument assez convaincant contre l’installation de cameras, la nuit celles-ci ne capturent pas des images claires à cause de l’éblouissement causé par la lumière artificielle. Ceci semble donc rendre la vidéosurveillance inutile pour lutter contre des violences nocturnes.
19 novembre 2008 à 22:03
la liberté des gens, à savoir celle de ne pas être filmée, les caméras de surveillance doivent être encadrées. Le politique doit être vigilant.
En tout cas, il est clair que ça ne résoudra pas tous les problèmes, mais l’effet dissuasif d’une batteries de caméras bien visibles dans les endroits sensibles n’est pas négligeable.
21 novembre 2008 à 16:03
Pour répondre à R et à Louis K, nous sommes tout à fait conscients des avantages et des limites de la vidéo protection, de sa capacité à engendrer des craintes sur le respect de la vie privée, et de son effet sans doute limité mais non négligeable. Cependant les résultats sont là: à Rennes, le lieu le plus ” vidéosurveillé” est le métro, et il n’y a pour ainsi dire pas de délinquance dans le métro Rennais. Ce que nous souhaiterions, c’est qu’il y ait un véritable débat qui s’instaure, au sein du conseil municipal sur l’utilité ou non de la vidéoprotection, débat qui pourrait être relayé, au titre de la démocratie participative, au sein des conseils de quartiers, et ainsi chacun pourrait choisir pour son quartier en fonction des habitants. Pourquoi refuser aux Rennais ce débat?