La filière automobile, moteur de croissance?
Comme Renault il y a quelques semaines, PSA vient d’annoncer l’arrêt programmé de sa production pendant 30 jours au mois de décembre. (cf l’édition du 19-20 de France 3 Bretagne du vendredi 31/10, et l’article paru dans Ouest-France daté de ce samedi 01/11). Un événement comme celui-ci inspire plusieurs séries de réflexions.
1) Les conséquences immédiates : son impact est certes minimisé par le fait qu’il couvre en partie la période des vacances de Noël, qui coïncide traditionnellement avec l’interruption de la production du site pendant 15 jours. Aux termes d’un accord d’entreprise, les salariés quant à eux toucheront l’intégralité de leur salaire. Il n’empêche. Une décision comme celle-ci, par la réalité qui la justifie (une chute attendue des immatriculations en Europe pour le 4è Trimestre), est une « onde » qu’il faut suivre de très près. Si le site de la Janais emploie 8000 personnes, la filière automobile dans son ensemble touche elle, directement et indirectement 25 000 personnes dans le département. Le reportage de France 3 est d’ailleurs très éclairant sur l’exposition des équipementiers aux fragilités rencontrées par le secteur.
2) Une fragilité aujourd’hui structurelle. La réaction de la CGT est à cet égard assez étonnante (Cf Ouest-France : « la crise est un prétexte pour dégraisser »). En expliquant que les immatriculations ont augmenté en septembre en France, elle s’arrête au milieu du gué. Les chiffres indiquent certes que le marché français a plutôt progressé en septembre. Mais c’est 75% de la production du site de la Janais qui est exportée en Europe, tandis que le marché européen s’effondre lui, pour le même mois, de 10%. De même, présenter la « relance de la 2CV » comme la panacée, n’est peut être pas vraiment à la hauteur des enjeux. Si ce n’est que l’idée traduit à sa manière l’un des éléments de la fragilité du secteur automobile. Au-delà de la conjoncture, de la crise économique, des horizons rétrécis et du resserrement du crédit, il est en effet un nouveau paramètre que les constructeurs doivent intégrer : la fonction pratique et la dimension symbolique de la voiture sont en train de changer. A cet égard, il convient de lire l’analyse tonique que Bruno Marzloff, sociologue et spécialiste des enjeux de mobilités faisait paraître dans le Monde du 25 octobre. L’appropriation par chacun des logiques de développement durable et le surenchérissement des coûts du recours au transport individuel modifient la donne en profondeur. Au plan pratique, le « tout bagnole » est en train de laisser la place à de nouvelles alternatives (transports collectifs, covoiturage, vélo -sachant qu’un trajet sur deux fait moins de 3km).
La « voiture écologique » est une réponse partielle aux enjeux de la durabilité, qui se posent également sous l’angle de la consommation de l’espace. Elle réintroduit de surcroît la question du coût.
Dés lors, le positionnement du site de la Janais sur le «haut de gamme» interroge, tant sous l’angle de la crise que nous connaissons, que sous celui des vacillations rencontrées par le « totem automobile » en Europe.
La diffusion des modèles aux « marchés émergents » pose quant à elle elle la question de la demande solvable (et donc celle des coûts de la Janais) et des contraintes logistiques induites par la distance les séparant aujourd’hui du lieu de production des véhicules.
3) Prospective, anticipa(c)tion. A cet égard il convient de (re)lire le document prospectif réalisé en juin 2007 par le Codespar sur « la filière rennaise à horizon 2020 ».
Un document passionnant qui analyse le métier de constructeur automobile, la place des équipementiers, les marchés, les défis environnementaux et technologiques des années à venir… Bref un tour d’horizon complet du contexte général de l’automobile, des enjeux de la filière pour l’environnement rennais et des perspectives d’évolutions à envisager.
« Excellence fragile », « Performance mondiale », «rupture structurelle», « transition douce » sont les 4 scénarii imaginés à horizon 2020 autour du site de la Janais et de son réseau d’équipementiers selon leur degré d’adaptation aux évolutions du marché (voiture propre, contraintes logistiques, qualité, diversification… dans un contexte concurrentiel intense).
Pour conclure, 3 réflexions:
- Les responsables publics et l’ensemble des acteurs concernés (et qui ne l’est pas à Rennes? ) n’ont pas vocation à se substituer aux choix stratégiques de PSA mais à nouer un véritable partenariat (veille, connexion logistique, formation, constitution de clusters…) pour accompagner les choix qui stimuleront en tout état de cause le niveau d’excellence acquis par la filière sur le territoire rennais.
- La crise appelle une prise de conscience commune de tous les acteurs concernés par ses possibles répercussions sur l’emploi. Il faut donc se réunir et envisager ensemble les conséquences précises à court terme (sur l’emploi, sur les sous-traitants….) , les perspectives à moyen terme (sur l’emploi, sur le devenir de La Janais mais aussi de la Barre thomas, de la Touche Tizon, mais aussi sur la fiscalité locale, compte tenu de l’importance de PSA dans la TP de Rennes Métropole) et enfin les pistes d’actions.
- Il faut entamer une réflexion sur le pôle de compétitivité automobile haut de gamme et voir comment toutes les compétences qui y sont réunies peuvent anticiper dés à présent les perspectives de diversification (activités proches, autres filières: éco-industries, domotique, aéronautique, défense…) comme autant de réponses apportées aux fragilités du secteur.
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3 novembre 2008 à 15:18
A vous lire, je mesure mieux les manquements du travail réalisé par E. Hervé et son équipe. Je vous avoue que j’ai tj voté pour Hervé avec un vrai doute lors du dernier scrutin. Je n’ai pas franchi le pas, malheureusement…
Je pense que les élus auraient dû faire davantage pour coordonner et structurer le renouveau du développement économique à Rennes. A observer la ville de Nantes, il me semble que nous aurions pu faire mieux !
Si j’en crois mes lectures, rien ne se produit de manière spontanée. Seul un effort de mobilisation provoque une évolution. C’est, de toute évidence, le rôle des responsables politiques d’impulser, de piloter le développement économique en s’appuyant sur la recherche et l’innovation avec la mobilisation des chefs d’entreprise, des chercheurs, des universitaires et que sais-je encore… Je crains que nous ne payions le prix fort de certaines carences ! Pourquoi E. Hervé a-t-il su, dans les années 80, lancer cette démarche avec Rennes Atalante, et depuis rien ou si peu ?