Mardi soir, le conseil municipal de Chevaigné rendait un avis défavorable sur l’implantation du Centre des Congrès au Couvent des Jacobins.

A Rennes, nous avons souvent eu l’occasion de nous élever contre une tendance de la majorité à confondre, pour certaines matières, les débats qui étaient intervenus à Rennes Métropole, avec ceux qu’elle aurait du, en toute rigueur, porter devant le Conseil Municipal et même pour quelques unes d’entre elles directement devant les Rennais.

Les arguments qui nous ont été alors opposés (« Hors sujet, ça relève des compétences de l’agglo ») (se) jouent en fait d’une certaine ambiguïté.

Les transferts de compétences en direction des structures intercommunales ont été plus rapides à intervenir dans les faits qu’ils n’étaient identifiés par le grand public.

Alors que les compétences exercées en propre par la Ville tendent à se réduire, les Rennais considèrent encore sans doute spontanément que l’essentiel des décisions qui les concernent et les engagent sont prises au sein du Conseil Municipal.

« L’onction » du suffrage direct y est certainement pour quelque chose. Compte tenu de la publicité et de la « solennité » qui entoure l’élection municipale, il est difficile en effet de concevoir que les leviers de l’action publique soient détenus alternativement soit par le Maire, soit par le Président de l’agglo.

A Rennes, la confusion des deux fonctions dans la personne de M. Delaveau entretient cette ambiguïté et conforte la majorité à renvoyer aux débats intervenus au sein de Rennes Métropole.

Raisonnement a priori imparable, sauf que si ce sont bien les mêmes personnes qui siègent, elles n’y sont plus seules, n’y représentent plus les mêmes intérêts et ne procèdent, quant à leur légitimité pas du même mode de désignation.

Même si les débats y sont publics et relayés par les médias locaux et que les délégués communautaires sont « issus » du suffrage universel, le caractère indirect de ce dernier tend à y diluer la légitimité qu’il est censé consacrer.

Le « fait majoritaire » et les logiques partisanes achèvent de court-circuiter le débat en le réduisant souvent à celui qui intervient entre les communes solidaires de la majorité et celles qui ne le sont pas… (encore qu’il puisse venir se nicher, dans cette mécanique un peu convenue -et c’est réjouissant pour la démocratie- un grain de sable qui en révèle les limites).

Même si l’élection du Président de Rennes Métropole était contenue dans le « pack » proposé par la liste de Daniel Delaveau aux Rennais, ces derniers ont il signé pour autant un « chèque en blanc » qui pour six ans, dédouanerait la majorité de soumettre à débat l’ensemble des engagements contenus dans le programme ?

Ainsi, la majorité est elle « quitte » vis-à-vis des Rennais, parce que celui-ci contenait effectivement, parmi d’autres propositions, celle d’implanter le Centre des Congrès au Couvent des Jacobins ? Quels sont ceux d’entre eux pour qui cet élément a été déterminant ? Quels sont ceux d’entre eux qui au moment de leur vote, ont eu effectivement conscience des enjeux du projet ? Poser ces questions c’est en fait déjà y répondre…

Normalement, on peut très bien choisir un menu ou une « formule » et aviser au cours du repas quant au choix précis des plats qui le composent… A fortiori quand certains d’entre eux, quoiqu’habilement présentés,  risquent d’être indigestes et qu’il en existe d’autres qui à l’inverse paraissent mieux indiqués.

Est-il extravagant sous cet angle, de considérer aujourd’hui que la 2è ligne de transport en site propre mérite mieux que l’opération de communication qui a un peu « survendu » le métro quelques semaines avant la campagne ? Alors que la donne a changé, on applique une solution d’hier aux enjeux de demain, et même d’aujourd’hui… A rebours des autres villes, qui, dotées d’un métro, choisissent aujourd’hui de recourir  au tramway.

Même si la décision relève de Rennes Métropole, nous pensons que les enjeux de ce choix structurant, engageant, doivent être honnêtement présentés et débattus devant et par les habitants des communes concernées… Qu’ils soient de Rennes ou d’ailleurs.

En effet, pas plus que les Rennais -pourtant directement concernés- ne se sont réellement prononcés sur l’implantation du Centre des Congrès au couvent des Jacobins, les Cintréens, Cessonnais, Acignéens, etc. appelés à participer à son financement n’ont-t-ils eu leur mot à dire.

Si la question du Métro -solution renno-rennaise- doit être débattue par les principaux intéressés, a fortiori doit elle l’être au sein des communes appelés à y verser leur écot.

Heureusement, le « déficit démocratique », destiné sans doute à garantir l’efficacité de la décision publique (au détriment cependant de sa légitimité, de sa qualité, ou de son équité) trouve quelquefois une réponse heureuse dans la manière dont le conseil municipal des communes concernées se réapproprie le débat.

La mécanique bien huilée vacille alors. En témoigne, la délibération intervenue ce mardi au Conseil Municipal de Chevaigné (commune pourtant considérée comme « amie » de la majorité), défavorable au projet d’implantation du Centre des Congrès aux Jacobins.

Au-delà du fond des arguments soulevés (qui rejoignent l’analyse que nous exprimons depuis plusieurs mois), ce « grain de sable » interroge la méthode et plaide en faveur du principe de ces « moments de vérité » que sont les débats publics autour des enjeux structurants.

Des projets solidement charpentés et justifiés par d’autres moyens que des arguments d’autorité et d’oportunité n’auraient eux, décidemment rien à y perdre…