« Les réseaux de la colère »: principe de précaution et principe de réalité
A signaler, la diffusion dimanche dernier sur France 5 d’un reportage sur les antennes relais de téléphone mobile (possibilité de le visionner gratuitement sur le site de la chaîne jusqu’au 02 février). Des scènes de mobilisations qui rappelleront celles qui ont accompagné la décision de la Mairie de Rennes , d’autoriser le mois dernier l’implantation d’antennes sur le toit de l’Eglise St Melaine.
Un reportage en tous points éclairant: en l’état actuel des connaissances scientifiques, si rien ne prouve la nocivité des ondes électromagnétiques, rien ne garantit non plus leur innocuité, ce qui est précisément le type de contexte susceptible d’être tranché par le principe de précaution. Face aux riverains qui se plaignent d’insomnies et de mots de tête, aux parents qui s’inquiètent pour la santé de leurs enfants, les opérateurs excipent du cahier des charges imposé par la loi (obligation de couvrir 99% de la population) en échange de l’attribution des fréquences.
De fait, si nous sommes tous (ou presque) utilisateurs (entre autres perspectives ouvertes par la technologie) du téléphone portable, peu d’entre nous sommes prêts à considérer la densité du réseau d’antennes sans inquiétude (Cf les réactions recueillies sur le forum lancé par Ouest-France sur le sujet).
Compte tenu du loyer versé par les opérateurs (on parle de plusieurs millions d’euros ainsi versés à l’OPAC de Paris chaque année), une copropriété peut considérer avoir intérêt à accueillir une antenne qui sera de toutes façons implantée à proximité.
Du bocage normand aux immeubles de Courbevoie, en passant par les écoles de Lyon, des troubles relevés ou a contrario évacués, des actions en justice aux précautions aujourd’hui prises par les assureurs, ce reportage dresse un état des lieux et des équilibres tout à fait intéressant. Des équilibres qui relèvent et révèlent en l’état (d’)un certain nombre d’inconnues.
Au plan du droit, une juridiction civile a condamné pour la première fois en septembre dernier un opérateur à démonter une antenne au nom du « principe de précaution » aux termes d’un jugement audacieux. Une plainte pénale ayant été déposée par ailleurs, elle devrait permettre au juge de diligenter enquêtes et expertises indépendantes qui font actuellement défaut pour lever ou confirmer les craintes et les incertitudes.
L’une des clefs semble résider à brève échéance dans l’évolution de la loi (abaissement des seuils de rayonnements autorisés, durcissement des contraintes d’implantation…) afin de redéfinir enjeux et équilibres à même de garantir que l’accès aux technologies n’impacte pas la santé de ceux auxquelles elles se destinent.
Au-delà ou d’ici là, elle ne doit pas dissimuler aux élus locaux leur responsabilité dans la réponse apportée aux inquiétudes ou aux troubles qui s’expriment…
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