Apéro Géant : le rôle des pouvoirs publics
L’apéro géant qui a rassemblé près de 5.000 personnes le 25 mars à Rennes a suscité un débat légitime. Les participants évoquent un « moment festif et convivial ». En revanche, certains élus mettent en cause une « démarche irresponsable » et une « alcoolisation massive ».
Quel bilan peut-on tirer de cet événement ? A l’actif un rassemblement bon enfant, du moins en début de soirée. Au passif des nuisances, (tapage, bris de verre et déchets divers…), un préjudice financier pour les restaurants et cinémas du centre-ville, la mobilisation des services de secours et de la force publique, une ambiance qui s’est dégradée au fil de la soirée et de l’alcoolisation, des conséquences sanitaires significatives (malaises, blessures, comas éthyliques), une agression. Des débordements graves, mais limités au regard de l’affluence. Qui peut garantir qu’il en sera de même lors des prochains rassemblements ?
Le phénomène des « apéros géants » est probablement appelé à se développer. La spontanéité, l’anonymat, la déresponsabilisation, la facilité de la communication sur internet, le record à battre, l’idée de faire plus fort que la ville voisine sont autant de facteurs incitatifs. Les pouvoirs publics peuvent-ils se désintéresser de ce genre de manifestation ? Certainement pas.
Le désarroi des autorités est comparable à ce qu’on a pu constater voici quelques années lors de l’irruption des raves et free-parties. La spontanéité de l’événement, l’absence d’organisateurs identifiés, l’impossibilité de faire respecter les règlements de sécurité qui s’imposent lors de toute manifestation festive ont longtemps justifié le fatalisme et la politique du laisser-faire. En 2002, les négociations du ministère de l’intérieur avec les collectifs de sound-systems et la mise en place de dispositions visant à encadrer ces manifestations ont permis d’en limiter les dérives et les nuisances. Il a suffi pour cela de manifester la volonté politique de s’attaquer au problème.
Faut-il interdire les apéros géants ? Faut-il de nouveaux règlements ou une nouvelle loi ? Certainement pas. L’arsenal juridique actuel est largement suffisant pour encadrer ces rassemblements, les localiser en des lieux plus adaptés et en réduire les nuisances. Les lois et arrêtés municipaux ou préfectoraux réprimant la sécurité et la salubrité, la vente d’alcool à des mineurs, l’incitation des mineurs à boire de l’alcool, l’ivresse publique ou la consommation d’alcool sur la voie publique sont surabondants. Encore faut-il, quand la situation l’exige, vouloir les faire appliquer. Quand il y a une volonté, il y a un chemin.
Pour l’association « Projets pour Rennes Capitale
Pierre GUSDORF
Christophe SCHOEN















