L’évolution des services de proximité ne peut pas se faire sans associer les habitants en amont des décisions. Dans le quartier Saint-Martin et au Blosne, en décidant de fermer la bibliothèque de quartier avant toute discussion, la municipalité vient d’en faire la démonstration par l’absurde.

« Enquête sur les bibliothèques de Rennes : Votre avis nous intéresse ! ». C’est sous cette annonce pleine de promesses que la ville de Rennes annonçait au cours des mois d’avril et mai sur son site internet qu’elle « réfléchit actuellement aux jours et aux horaires d’ouverture ainsi qu’aux usages des bibliothèques »[1]. Une enquête, était-il précisé, menée parallèlement dans les bibliothèques et sur l’espace public.

Bonne idée a priori que de demander leur avis aux Rennais sur un service public fortement apprécié mais dont chacun sait qu’il évolue à vitesse grand V, notamment sous l’effet conjugué, du développement d’internet et de la vidéo.

Bonne idée… sauf que, précisément les deux bibliothèques où la ville se pose le plus de questions sur l’évolution des bibliothèques de quartier -celle de la Maison bleue dans le quartier Saint-Martin et celle de Carrefour 18, dans le quartier du Blosne- sont les seules où il n’y a pas eu d’enquête ! Les habitants, lecteurs, parents, enfants, et tous les habitués ou intermittents du lieu avaient pourtant -au moins autant qu’ailleurs- leur mot à dire sur ce qui va bien et sur ce qui peut être amélioré. A l’inverse, il aurait sans doute été intéressant pour la ville et la bibliothèque municipale de faire connaître aux usagers les constats qui posent question : comment augmenter la fréquentation ? comment trouver ensemble le moyen de toucher de nouveaux publics ?

Comment faire confiance à une équipe municipale qui décide sans vous ce qui est bien pour vous ?

Rien de tel ne s’est passé. Plutôt que d’associer les habitants à la recherche de nouvelles voies, la municipalité a fait tomber la décision comme un couperet : « On ferme d’abord, on discute après ! ». Résultat : alors que personne ne conteste l’intérêt d’aller chercher de nouveaux lecteurs, la dynamique de participation du quartier est grippée. Comment faire confiance à une équipe municipale qui décide sans vous ce qui est bien pour vous ? Maladresse et brusquerie de l’élu de quartier ? Sans doute pour partie. Mais pas seulement. Car le même processus s’est déroulé il y a quelques mois pour la fermeture de la maison de quartier de Maurepas, et il y a quelques semaines encore pour la fermeture annoncée de l’école Kennedy de Villejean.

A travers ces décisions qui se succèdent et se ressemblent, une autre réalité se fait jour. Le pouvoir installé à l’hôtel de ville depuis 33 ans, avec son expérience, son savoir faire et ses certitudes, estime (sans toujours oser le dire) qu’une bonne étude en chambre sera toujours préférable à une consultation de la population. Et que l’expertise vaut mieux que la participation des habitants.

Et bien ce n’est pas notre avis. Nous reconnaissons volontiers la place essentielle de l’expertise et le professionnalisme des équipes. Mais il appartient aux élus de faire fructifier ce capital en permettant aux habitants de s’appuyer sur l’expertise pour participer aux décisions. Susciter, encourager reconnaître la capacité des habitants à être acteurs dans la ville, c’est tout l’enjeu d’une démocratie vivante.

Bruno CHAVANAT et les élus du groupe Union pour Rennes Capitale


[1] L’enquête a eu lieu entre le 16 avril et le 16 mai