Retour sur un apéro géant
5000 jeunes sur l’esplanade Charles de Gaulle pour un « apéro géant ». A-t-on vraiment cherché à tirer les enseignements du rassemblement du 25 mars dernier?
Ca a commencé comme un jeu de piste. Pareil à ceux que l’on connaissait il y a 10 ans pour les raves parties. La mairie est au courant de l’initiative mais personne ne sait qui est en à l’origine. Alors chacun, préfecture et mairie, cherche à savoir. D’autant que l’information circule vite. Non plus par téléphone portable mais par Facebook. Dans les jours qui précèdent, tout laisse croire que Rennes va dépasser Nantes, où le même apéro a réuni 3000 personnes en novembre. Or le bilan de l’opération nantaise est connu : 37 comas éthyliques.
Dans ce contexte, le premier réflexe de la mairie a été de souligner avec insistance que la responsabilité principale en matière d’ordre public appartient à l’Etat. Etait-ce utile? Sans doute pas. L’urgence était que chacun assume ses responsabilités. La préfecture avait parfaitement conscience des siennes, la suite l’a montré. L’inspection académique et les établissements scolaires aussi. Chacun s’efforçant d’agir de manière préventive en direction des lycéens (et mêmes des collégiens!) et de leurs parents. Et donc le maire, plutôt que de rechercher les responsabilités des autres, avait à se préoccuper d’assumer les siennes. En l’occurrence, c’est à lui qu’il revient de faire respecter ses propres arrêtés sur la tranquillité publique et la consommation d’alcool.
La soirée a débuté dans un climat serein et même bon enfant. Mais, à partir de minuit, des débordements n’ont pu être évités. Comas éthyliques là encore. Et plusieurs agressions. Moins qu’à Nantes, certes. Et c’est sans doute forte de cette comparaison, que la mairie a cru pouvoir tirer un bilan positif de l’opération avec un leitmotiv : « l’encadrement a bien fonctionné ».
A vrai dire, ce satisfecit que la mairie se décerne à elle-même, laisse perplexe.
D’abord, à supposer que le nombre de comas éthyliques soit plus limité qu’à Nantes, le fait qu’une quinzaine de jeunes se retrouve dans cet état ne permet pas de se réjouir. La réalité maintes fois constatée est que lorsqu’il s’agit d’« encadrer » quelques fêtards passablement éméchés qui, non seulement, troublent clairement le sommeil des riverains mais se font aussi du mal à eux-mêmes, la mairie rechigne à se mouiller vraiment.
Ensuite, s’agissant de la partie festive de cette soirée -et non pas de ses débordements- elle permet de constater que son succès d’affluence tient à ce qu’elle procède de l’initiative des jeunes eux-mêmes. Par contraste, il est frappant de voir qu’en cherchant à « encadrer » la jeunesse rennaise dans ses activités festives, la ville dépense beaucoup d’argent et d’efforts de communication en direction d’un public qui lui échappe. La mise à disposition de jeux de société dans les soirées « Dazibao » ou les conseils de quelques « Nozambules » sur les méfaits de l’alcool sont certes sympathiques. Mais, pour l’essentiel, moyennant un coût élevé, ces initiatives ne touchent pas leur cible.
N’est-ce pas là le reflet d’une politique municipale à contre sens qui veut s’approprier l’image de la jeunesse – une jeunesse nombreuse et source de dynamisme pour la ville- mais qui se préoccupe beaucoup moins de répondre à ses vrais besoins. Car les jeunes à Rennes, ce sont 20% des logements et un nombre important d’emplois (souvent des temps partiels pour financer les études), ce sont près de 70 000 16-30 ans, dont la majorité affronte chaque année des questions d’orientation importantes, se préparent à des examens difficiles et à une insertion professionnelle incertaine. Où sont les lieux dans lesquels leur voix est entendue pour être prise en compte dans les politiques municipales sur les sujets qui les concernent ? Il est significatif que la seule instance consultative qui ait été supprimée au cours des dernières années est le Conseil de la jeunesse. Et lorsqu’une proposition lui est faite pour que des « états généraux » de manière très concrète avec les représentants des associations étudiantes et les jeunes, le maire esquive.
Le vrai enseignement de l’apéro géant n’est pas que « l’encadrement a bien fonctionné ». C’est, plutôt qu’il reste beaucoup à faire en direction des jeunes.














