L’étape que nous franchissons ce soir en approuvant la création d’un « Pôle métropolitain Loire Bretagne » est importante en elle-même, mais elle peut être encore plus importante suivant la signification qu’on lui donne, suivant l’esprit qui nous guide.
Elle est importante en elle-même car nous sommes sur le point de donner corps à l’outil qui nous manquait sans doute pour faire face à des défis considérables, dont nous sentons bien que nous ne pouvons pas les relever seuls et que nous avons toutes les raisons de les affronter en commun avec les grandes villes de l’ouest avec lesquelles nous partageons beaucoup de choses.
Ces défis considérables quels sont ils ? J’en vois deux principaux
- D’abord le défi de l’économie de la connaissance et de l’emploi de demain.
Comme une étude de la revue Population et Avenir du mois d’octobre dernier l’a montré de manière très éloquente, nous partageons avec les Pays-de-Loire le privilège d’appartenir à la France de l’Ouest qui créée des emplois plus qu’ailleurs, parce que son passé industriel est moins lourd, le dynamisme entrepreneurial meilleur, la démographie plus favorable. Mais ces atouts sont fragiles.
Demain plus qu’hier, c’est l’économie de la connaissance qui va compter. Ce sont nos universités, centre de recherche et pôles de compétitivité qui seront important. Or ils ont besoin de gagner en visibilité et en taille. Ils ont besoin de mutualisation et de fécondation croisée. Et ce mouvement, il est capital que les collectivités publiques le soutiennent. Si nous n’en avions pas conscience, le formidable mouvement qui se joue depuis 2007 autour de l’université nous le rappelle. Dans un premier temps, pour les premiers appels à projet, l’Ouest a été absent, les projets communs insuffisamment préparés, le soutien des collectivités publiques moindre qu’à Paris, Grenoble, Strasbourg ou Montpellier. Résultat : nous avons été moins reconnus et moins financés que ces grandes métropoles.
Les récents appels à projet montrent que nous redressons la barre. Cela est dû a un facteur décisif. Nous renforçons nos réseaux. Et, qu’on le veuille ou non, les centres nerveux de ces réseaux, ce sont les villes et les métropoles, et en particulier Rennes, Nantes, Brest, Lorient, Angers pour ne parler que d’elles.
- Ensuite le défi de la périphicité de nos régions et le défi des transports
Le deuxième grand défi que nous avons à relever est celui de notre périphicité partagée dans la grande Europe qui se construit chaque jour davantage.
Cette périphicité nous fait sentir à nous Pays de Loire et plus encore Bretagne, combien le renforcement, la structuration et l’efficacité des réseaux de transport est cruciale. Encore plus cruciale dans une logique de développement durable. Or les réseaux de transports sont polarisés. Là encore les grandes métropoles ont un rôle à jouer. Ce sont à la fois des destinations et des nœuds, pour la route, pour le rail et pour les transports aériens aussi.
Sans une action déterminée, dans une stratégie volontariste et partagée des grandes métropoles, ce deuxième chantier, comme le premier, n’avancera pas suffisamment.
C’est dire que les compétences qui sont au cœur des pôles métropolitains définis par la loi du 16 décembre 2010 sont importantes et même décisives pour nos régions de l’Ouest. Et les enjeux vitaux que je viens de rappeler exigent que les métropoles prennent conscience du rôle moteur qui leur revient.
Pour autant, nous devons être attentifs à un danger et à une crainte : Les métropoles ne doivent pas tout capter.
Cette crainte vient d’être exprimée avec force par des élus politiques de tout bord dans un « appel pour l’équilibre urbain de la Bretagne », qui doit être pris au sérieux.
Je préfère le dire d’emblée pour ne pas entrainer de confusion : A titre personnel, je n’aurais pas signé cet appel.
Car la crainte me parait s’exprimer dans des termes excessifs : Non, l’encouragement de la dynamique des métropoles n’est pas de la part des auteurs de la loi, un signe de mépris vis-à-vis des petites villes pas plus qu’il n’est un trait tiré sur un élément constitutif du caractère de la Bretagne, de sa géographie et de son histoire.
Pour autant, je pense que l’on doit reconnaître à cet appel une part de lucidité sur les risques des évolutions en cours.
- Le risque de collectivités à deux vitesses. Les grosses avec des moyens importants –notamment d’étude et d’ingénièrie- qui pèsent sur la conception des politiques publiques et les petites qui doivent suivre la course sans avoir trop leur mot à dire ;
- Le risque de résurgence de féodalités dans des logiques concentriques : une grosse collectivité cherchant à agglomérer autour de la ville centre tout ce qui est nécessaire à son territoire de vie sans se préoccuper trop des petites communes qui se trouvent soit à la périphérie des agglomérations, soit dans les espaces intersticiels –et qui ont pourtant leur histoire propre, leur dignité propre, leur créativité propre qui ne se résume pas aux standards urbains.
Ces risques, nous devons les reconnaître. Cela a pour nous deux conséquences
Première conséquence : le pôle métropolitain Loire Bretagne doit rester ouvert.
Il n’est pas question de créer un « club fermé des grandes villes », une sorte de condominium qui gouvernerait nos deux régions, une alliance de grands barons qui prétendrait régenter les territoires alentour.
Si c’était cela, le pôle métropolitain verrait bientôt grandir face à lui le nombre des signataires inquiets de l’appel et il aurait raté son but.
Demain au contraire, il devra envisager de s’ouvrir à Lorient, à Saint-Malo et pourquoi pas à d’autres. Il devra aussi nouer des relations de partenariat avec les intercommunalités qui n’y sont pas partie prenante. Il devra respecter les compétences des autres collectivités, régions, départements, sans chercher à s’y substituer.
Deuxième conséquence : la logique du pôle métropolitain qui guidera nos relations avec nos voisins de Bretagne et des Pays de Loire doit aussi guider nos relations avec nos voisins proches.
Nous avons connu, d’une certaine manière au cours des derniers mois, un mouvement de recul des communautés voisines de Rennes Métropole de même nature que celui des signataires de l’appel pour l’équilibre urbain de la Bretagne. Elles ont refusé pour la majorité d’entre elles l’intégration à Rennes Métropole que vous leur proposiez car elles ont perçu une volonté d’intégration dans un ensemble dans lequel l’identité de leurs territoires et de leur population seraient moins reconnues.
Le 29 avril 2010, nous avons eu ici un débat sur le devenir de Rennes Métropole.
A ce moment là nous avons proposé d’appliquer à nos relations avec la communauté voisine la logique du Pôle métropolitain. Nous l’avons fait au nom d’un état d’esprit profondément tourné vers l’avenir et je crois profondément moderne.
Cet état d’esprit consiste à préférer la logique de coopération à la logique d’intégration, la logique de réseau plutôt que la logique des institutions, la logique de participation et de subsidiarité, la logique des projets partagés. Cette logique est celle des pôles métropolitains.
A cette époque, vous nous aviez vertement critiqués en disant que c’était un recul et que les pôles métropolitains n’étaient pas faits pour des relations de proximité.
Aujourd’hui vous avez changé d’avis. Sans doute avez-vous réfléchi à nos arguments. Sans doute avez-vous constaté que nombreux pôles métropolitains d’aire urbaine se créent partout en France.
Si tel est votre état d’esprit, si telle est votre évolution, nous la soutiendrons.
Car nous pensons que le pôle métropolitain que nous approuvons ce soir, n’est pas seulement une réponse de circonstance mais un véritable changement d’état d’esprit, qui est conforme à notre vision de l’action publique et qui nous parait fidèle à l’histoire et au génie de la Bretagne.



















