« Les agriculteurs font beaucoup d’erreurs, mais beaucoup moins que les urbanistes… Le paysage français est formidable… La campagne est le laboratoire de la ville… » Ces phrases-choc du paysagiste Michel Corajoud, grand prix de l’urbanisme 2003, peuvent surprendre. Elles ont pourtant révélatrices des débats qui ont animé ma rencontre nationale de l’Association « Terres en villes », organisée par Rennes Métropole et la Chambre d’Agriculture d’Ille-et-Vilaine, sur le thème « Formes agricoles et urbaines dans la ville territoire ».
Ce colloque, qui a rassemblé des élus, des agriculteurs, des architectes et urbanistes de plusieurs agglomérations françaises et même de l’étranger, a en effet bien montré l’intérêt et la nécessité d’intégrer l’activité et le paysage agricoles périurbains dans la conception même de l’aménagement urbain : la campagne fait partie de la ville et inversement.
C’est particulièrement vrai dans notre agglomération rennaise, qui développé un concept assez original de « ville-archipel », fondé sur un développement urbain multipolaire, qui n’organise pas une extension en continu de la ville-centre vers les communes rurbaines périphériques (comme c’est le cas dans beaucoup d’agglomérations françaises), mais qui préserve au contraire des espaces agricoles et naturels en forme de coupures vertes, en appuyant le développement urbain sur plusieurs « pôles secondaires ».
Cette option fondamentale, inscrite dans le SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale) conduit à favoriser le maintien de l’agriculture dans le Pays de Rennes, qui compte 1300 exploitations mettant en valeur 62 000 ha où la production laitière est dominante, mais où les productions de porcs, volailles, viande bovine et le maraîchage sont également développés. Ce principe d’organisation du développement urbain entraîne des choix, comme la nécessité de concentrer davantage les opérations d’urbanisme (pour l’habitat comme pour l’activité économique), et donc de mettre en œuvre une plus forte densification que par le passé, de façon à limiter l’étalement urbain et la disparition d’espaces naturels et agricoles (80 000 ha par an en Bretagne), afin de ne pas compromettre l’avenir de l’agriculture aux portes de Rennes.
Cette symbiose –ville(s)-agriculture est un atout important pour les agriculteurs, bien sûr, mais aussi pour les citadins, en leur offrant un cadre de vie agréable et attractif.
Un atout que nous devons préserver et même cultiver pour les générations à venir, dans le cadre du Programme local de l’agriculture mis en œuvre par le Pays de Rennes et la Chambre d’agriculture.



















