Début mars, les Rennais apprenaient stupéfaits que l’immeuble qui abrite le « Piccadilly » sur la place de la mairie devait être évacué dans l’urgence. Une fois encore, l’état du bâti du centre ancien faisait la « une » du journal. Une fois encore sous le signe de l’urgence.
Cette urgence est réelle. Elle est connue. Elle a été précisément analysée par un rapport publié en 2008, qui a recensé plus de 1 500 immeubles dégradés, dont 300 présentent des risques sérieux nécessitant une intervention lourde. Elle doit être traitée avec sérieux. La prise de conscience de la mairie, pour tardive qu’elle soit, et la constitution d’une mission « Centre ancien » peut y aider. A condition toutefois d’accompagner les propriétaires, qui ont des responsabilités à assumer mais qui ont aussi besoin d’être conseillés.
Cependant, on ne doit pas se contenter de l’urgence. L’urgence, en l’espèce, est en partie la sanction de décennies de passivité pendant lesquelles la mairie n’a pas su ou pas voulu prendre la mesure du problème. Car les dégradations et certains défauts d’entretien ne datent pas d’hier. Et chacun pouvait constater que l’efficacité des OPAH (Opérations programmées d’amélioration de l’habitat) était largement insuffisante.
Plus encore, c’est au prix d’une magistrale erreur sociale et urbanistique que l’on a prétendu que « La Ville ne devait pas en faire trop pour les privilégiés du centre-ville ! ». C’était méconnaître ce quartier si particulier qui, à lui tout seul, fut toute la Ville il y a moins d’un siècle. La réalité était pourtant très différente. De nombreux Rennais aux revenus très ordinaires, des familles vivaient derrière les belles façades en si mauvais état. Les a-t-on pris en compte ? Non. Des logements familiaux ont été divisés dans l’indifférence en studios étudiants ou en bureaux. Certains combles ont été aménagés au-delà de ce qui est souhaitable. Et c’est ainsi qu’au fil des ans, l’équilibre social a été abandonné à son sort aussi bien que les bâtiments.




















