Alors qu’elle avait longtemps refusé d’envisager la création d’un Centre des Congrès à Rennes, la municipalité a fini par l’accepter dans son principe. Après avoir envisagé de le situer en lieu et place du Palais St Georges, Daniel Delaveau a, au cours de la campagne électorale du printemps dernier annoncé son intention de rénover à cette fin le Couvent des Jacobins.

Une volte face surprenante, qui n’a été véritablement soumise ni à débat ni à concertation. Contrairement à ce qui est aujourd’hui présenté comme « acquis et définitif », aucun engagement, à ce stade, n’a vraiment encore été pris en ce sens. Le Couvent des Jacobins ouvrant des perspectives inadaptées (jauge, accès…) et irréalistes (coûts, délais) il est encore temps d’envisager d’autres solutions.
C’est l’objet de ce dossier du mois que d’offrir un espace d’information et de débat, afin d’étudier les enjeux et les risques qui se profilent derrière la solution retenue aujourd’hui par la municipalité. Compte tenu du coût du projet, du retard accumulé par la Ville et de ce qu’il obéit aujourd’hui à une véritable nécessité, l’erreur n’est pas permise. Pour l’éviter, le plus sûr est de proposer enfin aux Rennais le débat dont ils ont pour le moment été privés.

Au sommaire du dossier :

1. De l’intérêt d’un Palais des Congrès

2. Un projet tardif : les données du problèmes

3. Le Couvent des Jacobins ? Une « fausse bonne idée »

4. Les alternatives au Couvent des Jacobins

1 – De l’intérêt d’un palais des congrès

1.1 Un Centre des Congrès, pour quoi faire ?

L’animation et le rayonnement d’une agglomération de plus de quatre cent mille habitants passent notamment aujourd’hui par l’organisation d’événements de prestige et d’envergure. Qu’entend-t-on par là ? Tous types d’événements qui relèvent de domaines très variés (artistiques, culturels, politiques, professionnels…) mais qui « font parler d’eux » et du site sur lequel ils se tiennent. S’il s’agit du lot quotidien de toute ville qui prétend « compter » au plan régional et national, toutes ces manifestations ne sont possibles dans de bonnes conditions que si les infrastructures suivent. Pour être à la hauteur, Rennes doit être ainsi en mesure de proposer à ces publics des prestations « clef en main »… Ce qui est précisément le rôle d’un Centre des Congrès et des services qui l’accompagnent.

Un Centre en effet, ne se réduit pas à son infrastructure. Une organisation dédiée lui est généralement adossée et se trouve en charge de gérer et développer l’offre commerciale afin de s’assurer qu’il rencontre l’offre correspondante.

Polyvalent, un tel centre l’est résolument en se faisant le lieu des conventions, conférences, réunions publiques, expositions et autres spectacles qui viennent rythmer la vie d’une capitale de région. Au-delà d’une certaine capacité, compte tenu des limites du « marché » des congrès au sens strict, la polyvalence est même une condition sine qua non de sa rentabilité.

Devant la concurrence que se livrent désormais les villes entre elles, un Centre des Congrès est un atout maître dont l’intérêt ne se réduit pas aux retombées économiques induites par les dépenses des congressistes. Alors que Rennes se rapprochera de Paris d’ici 2012, le Centre est plus que jamais l’instrument-clef d’une véritable stratégie d’attractivité.

C’est la raison pour laquelle les problématiques de son emplacement et de sa desserte doivent se situer au premier rang des questionnements. Compte tenu des coûts, des conséquences mais aussi des opportunités que le projet révèle, nous n’avons pas le droit à l’erreur. Le choix qui a été fait de retenir le site du Couvent des Jacobins pose, de ce triple point de vue, beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

1.2 Un rayonnement accru

Son statut de capitale régionale aurait justifié que Rennes se dote d’un Centre des Congrès depuis très longtemps. En effet, la ville ne manque pas d’atouts. Sa qualité de vie, son dynamisme démographique, culturel et économique montrent qu’il y a là des domaines à valoriser et conforter. Le poids régional de l’agglomération ne cesse de croître dans un contexte où Rennes en concentre déjà une grande partie des centres de décision administratifs et économiques. Sur le plan culturel, le Théâtre National de Bretagne ou les Champs Libres ont un rayonnement qui dépasse largement les frontières locales. Ajoutons à cela un potentiel de recherche et d’enseignement supérieur de premier plan, la présence des pôles de compétitivité, un ancrage dans une région attractive et bien identifiée, pour bien prendre la mesure de ce que le Centre des Congrès pourra apporter.

En inscrivant la ville comme destination de Congrès, il s’agit en effet d’un outil qui permettra de renforcer la visibilité de Rennes à l’international. En stimulant les liens avec les acteurs locaux (Universités, Chambre de Commerce et d’Industrie…), une telle structure est indispensable pour positionner Rennes sur le créneau dynamique du tourisme d’affaires.

Ces effets positifs sont clairement identifiés et ont d’ailleurs été retenus dans le projet communautaire de Rennes Métropole, en novembre 2006. Une décision cependant tardive, alors que les grandes villes de l’Espace Métropolitain Loire-Bretagne nous ont précédés d’une vingtaine d’années.

Pour rattraper son retard, Rennes doit donc concevoir un projet à la fois différent et complémentaire de l’offre existante, mais également entreprendre en amont une réflexion ambitieuse autour des usages, des offres et des événements qu’un tel équipement rendra possibles.

1.3 Pourquoi n’y a-t-il pas de Centre des Congrès à Rennes ?

Alors que de nombreuses villes, de toutes dimensions s’en étaient doté (de Saint Brieuc à Nantes en passant par La Baule et Saint Malo) Rennes, pourtant « capitale régionale » a négligé, contre toute évidence les perspectives offertes par cet outil.

L’absence de vision en ce domaine apparaît d’autant plus remarquable qu’il ne s’agissait pas là d’agir en pionnier : Nantes dispose de sa propre « Cité des congrès » depuis 1992 et Saint Malo de son « Palais du Grand Large » depuis 1984. Des sites rentables, porteurs d’un incontestable dynamisme, auxquels la municipalité rennaise est jusqu’alors restée hermétique. La proposition figurait pourtant dans le programme de l’opposition en 2001. La municipalité rennaise a durant longtemps opposé une fin de non recevoir à toute suggestion en ce sens. Les motifs d’une telle inertie relèvent sans doute autant d’une forme de dogmatisme (à l’origine) que des contraintes budgétaires (à l’arrivée) : les Champs Libres qui ont vu leurs délais de réalisation doublés et leur budget dépassé de 125%, en contraignant les marges de manœuvre financières de la Ville, sont sans doute pour beaucoup dans le rejet d’un Centre des Congrès jusqu’à ce que la décision soit enfin mise à l’étude.

En 2005 en effet, une étude fut commandée par Rennes Métropole pour répondre à un besoin que nombre d’observateurs et d’acteurs de la vie Rennaise exprimaient pourtant depuis longtemps. L’étude confirmait que le manque d’ambition en la matière, s’il se prolongeait, « porterait préjudice » à Rennes. Dés lors, le principe de faire construire un Centre a été acté et le calendrier défini jusqu’en 2O12. Si la valse hésitation quant à l’emplacement (Le Palais St Georges fut défendu avec enthousiasme comme « la seule solution possible » avant de laisser la place au Couvent des Jacobins) n’y était pas à elle seule parvenue, le choix de ce dernier site, compte tenu de ses contraintes, ne laisse planer aucun doute : le calendrier ne sera ABSOLUMENT pas respecté.

A ce stade, ce qui paraît frappant, c’est qu’à l’immobilisme de toutes ces années, a succédé quant à la définition du projet, une forme de précipitation pour communiquer sur les sites successivement retenus et présentés chacun leur tour comme « n’ayant-pas-d’alternative-possible ». Rassurons-nous toutefois à ce stade, aucune décision budgétaire n’ayant été prise, le débat reste ouvert, pour peu que les Rennais souhaitent s’en emparer. Encore faut-il vouloir leur en présenter sincèrement les enjeux.

1.4 Pourquoi le Centre des Congrès concerne-t-il tous les Rennais ?

Le Centre des Congrès concerne les Rennais au titre d’une part des catégories d’entre eux intéressées directement par sa réalisation : universitaires, professionnels du tourisme, hôtellerie-restauration, bâtiment etc. Il concerne en premier chef également les riverains du lieu qui sera choisi pour l’y implanter. Compte tenu de la durée et de l’ampleur des travaux, c’est, au-delà de l’ensemble des automobilistes rennais, tout un quartier qui se trouvera impacté durant un laps sur lequel il est difficile de s’engager avec précision. C’est également la plupart des acteurs du commerce rennais qui devraient bénéficier des dépenses moyennes réalisées par un congressiste (environ 250 euros par jour).

Si les Rennais n’y étaient associés que par catégories, le projet ne répondrait pas totalement à ses objectifs d’intérêt général. Or, compte tenu de son caractère structurant et sa vocation à accompagner l’attractivité de la Ville, ce projet concerne bien tous les Rennais. D’une part parce qu’ils seront appelés à contribuer à son financement par l’impôt. D’autre part, cet équipement, en ce qu’il contribue à asseoir le rayonnement de Rennes comme capitale régionale, concerne les Rennais parce qu’il est appelé à toucher, façonner, conforter l’identité et les ambitions de leur ville. Car au-delà des nombreuses retombées économiques ou des productions intellectuelles qui en sont issues, un Centre des Congrès permettra d’attirer ou d’imaginer des manifestations qui ne se déroulent pas chez nous ou même qui n’existent pas encore.

Le procès Dreyfus avait eu lieu à Rennes parce que notre ville était à l’époque considérée comme une «tranquille ville de garnison». Si son dynamisme universitaire est aujourd’hui une réalité, cette trop discrète image perdure. En permettant l’organisation d’évènements de dimension nationale, voire au-delà, le Centre des Congrès participe à cette dynamique de valorisation et d’affirmation de nos atouts.

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