L’économie rennaise
2. Forces et faiblesses de l’économie rennaise
2. Forces et faiblesses de l’économie rennaise
2.1 L’importance des fonctions publiques et de direction
Par son histoire au sein de la Bretagne (dont le Parlement était situé à Rennes de façon permanente depuis le XVIe siècle), puis par son rôle de capitale régionale, notre ville a été de longue date un centre administratif de première importance. Si cette caractéristique, doublée d’une forte présence militaire sous la IIIe République, a pu donner de Rennes l’image d’une paisible ville provinciale de garnison, les choses ont bien évolué tout au long du XXe siècle. En effet, si le secteur public conserve une place prépondérante (avec 54 emplois publics pour 1000 habitants, un record en France, et 61 000 fonctionnaires pour 172 000 salariés du privé, 26,1 % des Rennais travaillent pour une administration), la ville n’en connaît pas moins un taux d’encadrement plus élevé qu’à Lille, Nantes, Lyon, ou Marseille. Or, cet indicateur mesure très simplement la proportion de cadres et d’emplois supérieurs dans la population active ; il démontre donc le dynamisme professionnel et intellectuel de la ville, ce que corrobore la présence de plusieurs sièges sociaux d’entreprises essaimant des emplois dans tout le Grand Ouest français.
C’est encore une fois l’histoire de la ville et de son Parlement qui explique, en outre, la place centrale qu’y occupent les professions du droit : les juridictions de droit commun sont établies dans la ville, ainsi qu’une cour d’appel dont le périmètre s’étend de Brest à Nantes ; la présence d’une cité judiciaire, l’excellence reconnue de la faculté de droit de l’université de Rennes-I et de son Institut d’études judiciaires, tout autant que la présence, à Ker Lann, de l’École des avocats du Grand Ouest, plaident également dans ce sens.
Ces différents éléments contribuent à un niveau globalement élevé de qualification de la fonction publique rennaise, formant une catégorie sociale au niveau de vie satisfaisant et à l’impact positif sur la vie de la cité. En terme économique, la régularité du pouvoir d’achat de cette frange de la population garantit un effet contracyclique précieux dans les circonstances économiques actuelles : le fait de consommer en temps de crise contribue à en limiter les effets négatifs, puisque cela assure un débouché à l’offre.
Deux éléments viennent toutefois contrebalancer l’impression que l’on pourrait avoir d’une situation fermement établie – pour ne pas dire immuable. Le premier tient à ce que la ville a connu depuis la Seconde Guerre mondiale une expansion économique qui n’est pas entièrement imputable à l’administration. Au contraire, cette expansion a plutôt eu pour effet de diminuer en proportion le poids du secteur public, concurrencé par la montée en puissance de l’industrie automobile (avec le site de La Janais et ses sous-traitants) et par les différents pôles de spécialisation productive du bassin (l’agroalimentaire par exemple). Cette remise en cause du poids de l’administration a un côté vertueux : elle montre que l’économie locale n’est pas pénalisée par la prépondérance du secteur public, et qu’elle parvient à développer des dynamiques autonomes de croissance.
Le second élément, qui doit alerter davantage la conscience de nos élus, consiste en la révision générale des politiques publiques (RGPP), qui est décidée au niveau central, et dont l’un des effets immédiats est la réduction des effectifs de la fonction publique. S’il est établi, dans une perspective de réduction de l’endettement de l’État sur le long-terme par la maîtrise des dépenses, que cette réforme est nécessaire, encore faudrait-il que les questions qu’elle pose trouvent des réponses au niveau de la ville. Rennes a probablement une carte à jouer, celle de l’excellence : à la municipalité de l’engager à bon escient dans le contexte actuel de réforme et de décentralisation, car le risque serait bien de ne pas saisir l’opportunité du changement et d’observer sans agir.
2.2 Les ressources de la recherche et de l’enseignement supérieur
Le poids de la fonction publique dans notre ville traduit également l’une de ses plus grandes forces : son potentiel de recherche et d’enseignement supérieur. La Métropole rennaise concentre ainsi 54 % des étudiants inscrits en Bretagne : ils sont aujourd’hui plus de 60 000, consacrant Rennes comme le huitième pôle universitaire français.
Ce pôle se positionne comme l’un des premiers de France non seulement par son poids numérique, mais aussi par sa variété. Toutes les grandes branches de l’enseignement supérieur sont présentes à Rennes, que ce soit au sein des Universités de Rennes-I (sciences économiques, philosophie, droit, science politique, institut de gestion, médecine, chirurgie dentaire, pharmacie, études de la matière, sciences de la vie et de l’environnement, mathématiques, sans oublier les IUT) ou de Rennes-II (langues, psychologie, sociologie, sports, histoire, géographie, arts et lettres). Il ne faut pas non plus oublier l’importance des grandes écoles : Sciences Po, l’École Nationale Supérieure de Chimie, Agrocampus, l’École Supérieure et d’Application des Transmissions, l’Institut National des Sciences Appliquée, l’ESC Rennes, Telecom, l’École Catholique des Arts et Métiers, Supelec ou bien encore l’École des Hautes Études en Santé Publique.
Cette importance de l’enseignement supérieur se traduit par un poids accru de la recherche, du fait des écoles doctorales et des laboratoires : les pôles reconnus en mathématiques, physique-chimie ou encore géosciences de Rennes-I, le dynamisme des Presses Universitaires de Rennes menées par l’Université de Rennes-II ou les 26 laboratoires du CNRS traduisent ce potentiel.
Pour autant, diversité ne rime pas mécaniquement avec renommée. Si l’enseignement supérieur rennais bénéficie d’un solde Erasmus positif (nous accueillons plus d’étudiants européens que nous n’en envoyons dans l’Union européenne), comptabilisant par exemple près de 11 % d’étudiants étrangers dans les effectifs de Rennes-I, les classements internationaux ne nous sont pas favorables. Seule l’université de Rennes-I apparaît dans le très médiatique classement de Shanghai, au 173e rang européen. Trop petites, les structures rennaises ne sont pas assez visibles. Les évaluations de l’AERES (Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) pointent ainsi cette nécessité d’acquérir une dimension véritablement européenne.
Obtenir une taille critique, telle est précisément l’ambition du Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) de l’Université Européenne de Bretagne (UEB) créé par décret en mars 2007. La partie apparaît cependant loin d’être gagnée ! L’échec du projet de Campus Numérique présenté par l’UEB dans le cadre du Plan Campus de cinq milliards d’euros l’illustre malheureusement. Ceci est d’autant plus dommage que 39 des 85 universités françaises sont concernées par ce programme. La qualification du projet comme « prometteur » a poussé les différents acteurs à se mobiliser pour faire avancer l’université bretonne – et rennaise – puisque État, région et départements ont commencé à débloquer des fonds (60 millions d’euros dégagés en plus du contrat État-Région et du budget régional pour l’enseignement et la recherche). Rennes dispose ici d’une carte politique majeure à jouer.















