industrie_036Au sommaire de ce dossier :

1.  La crise de l’automobile

2. Forces et faiblesses de l’économie rennaise

3. Les dynamiques positives

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3. Les dynamiques positives

3.1 Les projets porteurs de rayonnement

Qui observe la structure de l’économie rennaise est forcé de constater qu’elle comporte un certain nombre de dynamiques positives, qui seront autant d’atouts pour sortir de la crise et envisager l’avenir à long-terme. Signes de ce dynamisme, les projets porteurs de rayonnement méritent une attention toute particulière eu égard aux enjeux qu’ils soulèvent pour le développement économique futur de la ville, mais bien au-delà, du Grand Ouest dans son ensemble.

Le projet d’« aéroport du Grand Ouest », implanté à Notre-Dame des Landes, est à cet égard de ceux qui posent le plus de questions, et disons-le, qui suscitent le plus de critiques. Alors même que Nantes-Atlantique ne connaît (encore) pas la saturation, et que des projets d’agrandissement sont possibles, et que Rennes-Saint-Jacques est en pleine expansion, quel est le motif qui pousse à la construction d’un troisième équipement de ce type ? Il convient pour répondre de noter que l’aéroport nantais aura atteint ses capacités maximales d’accueil du public d’ici 2020 (4 millions de passagers par an en développant au maximum les aérogares), mais aussi, plus préoccupant, que l’intensification du trafic aérien posera de réels problèmes de sécurité et de nuisances sonores sur la ville de Nantes (survolée par les avions en approche) d’ici 2015, c’est-à-dire dans six ans. Quant à la construction d’une nouvelle piste transversale, elle est aujourd’hui rendue quasiment impossible compte-tenu de l’urbanisation autour du site.

Pour ces raisons, et parce que Rennes-Saint-Jacques n’a pas vocation à devenir un aéroport international d’envergure pour des considérations analogues, le projet de Notre-Dame des Landes est rendu nécessaire… à supposer que le modèle de développement qu’il véhicule se pérennise, du moins. En effet, la construction d’un nouvel aéroport ne ferait-elle pas que conforter un modèle daté ? Au-delà des externalités négatives pour les riverains et l’environnement, qui pèsent bien légitimement dans la balance, le trafic aérien, alors même que le groupe Air France a annoncé mi-février la suppression d’un millier d’emplois, peut-il encore connaître la croissance ? Compte-tenu de la hausse des cours du pétrole, qui rognent fortement les marges des compagnies aériennes, on peut en douter, et il est du devoir de nos décideurs d’en douter, car il serait dommageable d’investir en pure perte dans un équipement chiffré à 580 millions d’euros.

Toujours au chapitre des projets-clefs, mais dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche cette fois, relevons que l’Université Européenne de Bretagne (UEB) a pour vocation, dans les années à venir, à contribuer de façon importante au rayonnement de Rennes et de la Bretagne. L’UEB est un pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES – loi de mars 2006) que l’on pourrait définir concrètement comme une « filiale commune » des établissements bretons.

Aujourd’hui, l’UEB regroupe près de 25 établissements, depuis l’Université de Bretagne Sud jusqu’à l’École Navale en passant par Sciences Po Rennes. Le potentiel d’entraînement de notre ville n’est pas à négliger : six des neuf membres fondateurs sont directement liés à la métropole rennaise et le projet est principalement piloté par l’Université de Rennes-I. Nous regrettons toutefois que Nantes aie préféré mettre en chantier son propre PRES plutôt que de s’associer avec l’UEB.

D’ailleurs, l’UEB, comment cela se traduit au quotidien ? Cette structure a vocation à coordonner la production scientifique de Bretagne et à l’unifier sous une signature commune. Les premières thèses labellisées « Université Européenne de Bretagne » ont d’ores et déjà été publiées grâce à la création d’un collège doctoral international, organe gérant en commun les doctorats préparés dans les différentes écoles doctorales. L’idée est de créer un campus de dimension internationale en fédérant les synergies : « big is beautiful », en quelque sorte, tout en rappelant que l’autonomie et la personnalité de chaque membre sont garanties. Cela apparaît de façon explicite dans les objectifs de l’UEB : « renforcer la visibilité et le rayonnement européen et international de l’enseignement supérieur et de la recherche en Bretagne ». De façon plus matérielle, l’UEB a également adopté un plan stratégique visant à la création d’un campus « multi-sites numérique à ultra haut-débit », ce afin de diminuer les distance et de dépasser les soucis logistiques d’une université dispersée sur toute la Bretagne.

L’UEB se fixe donc pour objectif de devenir un acteur important de la scène européenne de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous estimons qu’il s’agit là d’une véritable chance pour Rennes, la production scientifique amorçant un processus de diffusion du savoir et de stimulation économique avec, pourquoi pas, un rapprochement ou une augmentation du nombre de centres décisionnels.

3.2 Rennes et sa concurrence : éléments de comparaison

Rennes ne peut ignorer ce qui se fait ailleurs. Le développement économique d’une ville, d’un département, d’une région, ne peut se faire en vase clos. Regarder, comparer, s’inspirer sont fondamentaux pour notre ville. L’esprit d’ouverture, c’est aussi cela.

Ainsi, nous suivons avec beaucoup d’intérêt le développement du pôle « Minatec » de Grenoble, premier centre européen dédié aux nanotechnologies, et numéro 3 au niveau mondial. Inauguré le 2 juin 2006, il réunit 3 500 ingénieurs, chercheurs et universitaires, a su nouer des partenariats internationaux, et constitue une source d’innovation et de création d’emplois très importante.

Nous retenons pour Rennes deux leçons de la création d’un tel pôle : le soutien déterminant des pouvoirs publics locaux – Conseil Général de l’Isère (maître d’ouvrage du pôle), Région Rhône-Alpes, Grenoble Alpes Métropole et Ville de Grenoble – et la concentration sur un même complexe de l’Institut National Polytechnique de Grenoble, d’une partie du Commissariat à l’énergie atomique, de laboratoires, d’observatoires, d’écoles d’électronique, et donc d’étudiants, de chercheurs, d’ingénieurs…

Ainsi, nous croyons beaucoup aux projets capables de mettre des compétences en synergie, et de regrouper industrie, recherche et formation dans les secteurs à haute valeur ajoutée comme les nanotechnologies.

En Europe, le Pays Basque et la Catalogne ont eux-aussi réussi à développer des clusters, c’est-à-dire des regroupements, sur un même bassin, d’entreprises, d’universités, de centres de recherches spécialisés dans le même secteur. Sources d’externalités positives de réseau, les clusters du Pays Basque par exemple se sont développés dans l’aéronautique, l’électronique, les télécommunications, l’énergie et l’environnement, les activités portuaires industrielles et commerciales, les industries agro-alimentaires, et, plus récemment, dans l’audiovisuel.

Créés pour les premiers d’entre eux en 1991, l’ensemble des clusters génère 45 % du Pays Basque espagnol. Ils ont permis de relancer l’industrie basque et de redynamiser certaines zones.

Là encore, nous retenons de l’analyse des clusters basques deux leçons pour Rennes : la nécessité de bien identifier des champs d’intervention ; une implication des pouvoirs publics dans la durée.

Nous sommes également convaincus que les initiatives efficaces et pérennes sont celles qui s’appuient sur une identité culturelle et/ou territoriale forte, comme c’est le cas au Pays Basque, ou encore au Pays de Galles.

Enfin, nous avons souhaité analyser les moyens qu’ont mis en œuvre les autres collectivités territoriales françaises pour faire face à la crise.

La loi du 13 août 2004 accorde à la région en matière économique une place prééminente. Ainsi, elle se voit reconnaître un rôle de coordination générale, et dispose également, en vertu de l’article L 1511-2 du Code Général des Collectivités Territoriales, du pouvoir de décision pour toutes les aides directes aux entreprises – subventions, prêts et avances remboursables, bonification d’intérêts notamment.

À titre d’exemple, la région Lorraine a lancé la stratégie des « 20 coups de pouce », qui comprend quatre grands chapitres : soutenir l’économie et l’innovation, soutenir l’emploi, soutenir les grands projets structurant et les équipements structurants pour l’avenir régional

De leur côté, la région et l’ensemble des départements et agglomérations de Rhône-Alpes ont lancé, au-delà de l’augmentation du volume de leurs investissements un plan coordonné de soutien à l’économie et à l’emploi. Ce plan consiste à renforcer la coordination des politiques en faveur de la création/reprise d’entreprises, d’accompagner les démarches d’innovation globale, afin de permettre aux PME d’accéder à de nouveaux marchés, en particulier grâce à la coordination des politiques sectorielles – clusters et pôle de compétitivité ; à développer les programmes d’accompagnement aux actions collectives des entreprises, notamment pour les secteurs d’activité industriels fortement touchés ou les bassins économiques très exposés ; à développer de nouveaux outils de financement permettant de renforcer les fonds propres des PME/PMI.

Quant aux communes, elles peuvent participer au financement des aides directes aux entreprises, dans le cadre d’une convention passée avec la région et leur attribuer des aides indirectes. La loi du 13 août 2004 leur permet également, en plus de la participation au financement des aides économiques aux entreprises, de mettre en œuvre leurs propres régimes d’aides avec l’accord de la région qui coordonne sur son territoire les actions concernant le développement économique.

Ainsi, lorsque l’on lit à la fin dans un communiqué de presse du Président du Conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian en date du 5 décembre 2008, « Au gouvernement d’agir ! », nous ajoutons : « À la Bretagne et à Rennes d’agir. »

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