Bruno Chavanat à la tête du groupe UMP (Ouest-France)
Ouest-France, interview. Suite à la démission de Karim Boudjema, les huit membres du groupe UMP du conseil municipal ont désigné leur nouveau leader. Sans surprise, c’est Bruno Chavanat. Entretien.
Bruno Chavanat (47 ans), qui était numéro 3 sur la liste de Karim Boudjema, a accepté de reprendre le leadership du groupe UMP, l’un des deux d’opposition au conseil municipal, l’autre étant le MoDem. Maître des requêtes au Conseil d’État à Paris, l’énarque s’intéressait surtout aux dossiers métropolitains lors du précédent mandat. Le fruit d’une répartition des tâches avec l’ancien chef de file Loïck Le Brun. Le départ de Karim Boudjema l’oblige à s’exposer davantage. Il se donne trois ans pour poser des fondations (enfin) solides pour le centre droit rennais.
Quelle est votre réaction à la démission de Karim Boudjema ?
Déjà , je ne m’y attendais pas trop car les échanges que nous avions eus depuis le soir de l’élection me laissaient supposer qu’il avait l’intention de s’inscrire sur la durée. Il était partant pour conduire l’opposition et parlait de projets sur le long terme. Il a finalement pris une décision personnelle. J’ai beaucoup de respect et de sympathie pour l’homme. J’ai appris à le connaître pendant cette campagne. Je n’ai pas à commenter son choix. Il a donné ses explications.
Cette lourde défaite a visiblement laissé des traces dans votre camp. Karim Boudjema dit qu’il ne se voyait pas diriger un groupe au sein duquel il était contesté. Qu’en pensez-vous ?
Après une défaite importante, on ne peut pas repartir comme si de rien n’était. Il faut des paroles fortes pour remonter le moral des troupes. Pour avancer, il faut aussi une stratégie. Il y a une attente au sein de notre groupe, mais aussi des électeurs qui nous ont fait confiance. Certains, plus impatients que d’autres pour se remettre au travail, attendaient des réponses claires de la part de Karim, concernant ce travail de refondation qui doit s’engager. De là sont nées des divergences de vue et de méthodes. Il a fait le choix de partir.
Et vous vous retrouvez du coup en première ligne…
Notre groupe s’est réuni mercredi soir. Il y a, bien sûr, de la déception chez certains de voir Karim nous quitter. Des membres de la liste s’étaient engagés dans cette aventure aussi pour lui. Mais bon, on s’est dit que cela ne servait à rien de refaire le match. On l’a perdu, on ne reviendra pas dessus.
Ce qui importe, c’est l’avenir. Les collègues m’ont proposé de prendre la responsabilité du groupe. J’ai accepté car j’ai des idées.
Quelles sont-elles ?
Il faut tout reprendre à la base pour comprendre pourquoi nos propositions ne trouvent pas davantage d’écho dans la ville. À mesure que les scrutins passent, on constate un écart qui se creuse entre ceux qui croient en nos valeurs et leur manière de voter. Il faut s’interroger en profondeur sur les messages que l’on souhaite faire passer et, surtout, s’ils sont bien entendus. La voix du centre droit doit porter à Rennes. Cela passe par un travail quartier par quartier. Nous avons besoin de nous bâtir nos propres réseaux sur lesquels on pourra s’appuyer lorsque le temps des élections sera venu.
Serez-vous candidat aux municipales en 2014 ?
Je ne m’inscris pas aujourd’hui dans cette démarche. J’ai proposé à notre équipe, qui est unie, déterminée et avec des sensibilités diverses, de se donner trois ans pour établir un diagnostic et poser ces fondations indispensables. Je serai le garant de cette stratégie que l’on compte définir, avec des points d’étape réguliers. Qui veut-on toucher ? Quels moyens mettre en oeuvre pour y arriver ? Ce sont des questions bien plus importantes que de savoir dès aujourd’hui qui sera le candidat de notre camp en 2014.
Mais vous ne fermez pas la porte pour autant ?
Ce serait prétentieux de dire que l’on vient de désigner notre prochain candidat Je sais que je n’ai pas été choisi par les électeurs et je me retrouve à la tête de l’opposition par un concours de circonstances. Cela réclame de l’humilité. Conduire notre groupe pendant le mandat m’enthousiasme et m’intéresse. Prenons les choses par ordre. Si dans trois ans, cela fonctionne bien et qu’il apparaît que je peux être un candidat solide et garant du projet que l’on aura construit, alors je n’exclurai rien. Mais cela pourra très bien être quelqu’un d’autre.
Vous ne voulez plus du scénario de «l’homme providentiel» ?
Je souhaite, en effet, que le candidat soit désigné dès 2011, après les élections cantonales. Pour permettre à ce chef de file d’avoir un temps nécessaire pour se faire connaître de la population et exposer son projet. Les gens ont besoin de voir si le bonhomme est taillé pour le poste. Je ne veux pas revivre la même campagne. On a fait porter tout le poids d’une élection et les espoirs d’un camp sur les épaules d’un seul homme. Ce n’était sans doute pas lui rendre service. En procédant par étapes, on attendra moins le messie.
Comment allez-vous répartir les rôles au sein de votre groupe. Vous étiez davantage concerné par les questions de la Métropole jusqu’à présent…
Nous allons travailler de manière encore plus collégiale, en confiant différents domaines à chacun de nos élus. Je veux que tout le monde s’implique car un travail d’opposition, ce n’est pas seulement l’affaire d’une ou deux personnes. Nous aurons un style, une façon de faire et je serai là pour orchestrer l’ensemble. Jérôme Normandière va prendre la place de Karim Boudjema. C’est quelqu’un de créatif et volontaire. Concernant la Métropole, nous désignerons le 29 avril celui qui y siégera à mes côtés. Il n’est d’ailleurs pas exclu qu’on installe une rotation tous les deux ans car je veux que chacun s’implique dans les dossiers de l’agglomération et participe aux commissions. L’opposition est au travail.
Recueilli par Édouard REIS-CARONA / Ouest France














