Fête, jeunesse, alcoolisation massive ?
Le raccourci – ce serait absurde de le nier – évoque, ici à Rennes, des images familières. Et en même temps, la formulation paraît décrire un enchaînement logique, une relation de cause à effet dans laquelle chaque terme appelle le suivant jusqu’à la biture par laquelle tout s’achève. Il faut être prudent dans la manière dont on pose les questions pour ne pas se laisser entraîner par elles dans des voies sans issue.
Tout a été dit sur la fête, sa fonction d’exutoire, sur le rôle irremplaçable et sacré de ce temps dans lequel le bonheur paraît à portée et la communion possible. Tout a été dit notamment par Bernanos, sur l’importance pour nos sociétés – et donc nos villes – de faire place à la fièvre de la jeunesse, sans laquelle le reste du monde claquerait des dents. Mais il n’y a aucune fatalité à ce que le chemin qui relie la fête à la jeunesse conduise, année après année, de plus en plus de jeunes en coma éthylique vers les urgences de l’hôpital.
La vérité c’est que cette spirale ne naît pas d’un excès de fête mais d’un manque. Admettre que la fête puisse être la juxtaposition d’ivresses individuelles, admettre que les jeudis soirs à Rennes doivent être la part du feu consentie, contre leur gré, par des habitants en mal de sommeil à l’énergie débordante de la jeunesse étudiante de la ville, c’est abandonner une dimension essentielle de la fête, le partage, l’échange, la rencontre.
La fête a une dimension communautaire essentielle. Les étudiants et les jeunes sont trop souvent traités par les pouvoirs publics comme des individus, pris isolément, dont il s’agirait de prévenir les comportements à risque, parce que les structures communautaires dans lesquelles ils s’insèrent sont jugées trop fragiles ou éphémères. Ce sont pourtant les organisations étudiantes, sportives, culturelles qu’il faut aider à structurer la fête, à en définir voire en contrôler les rites. Sans oublier que la communauté c’est aussi la ville. Et la ville, ce ne sont pas des tribus qui s’ignorent mais des richesses en partage, que protègent les lois – et donc les interdits – que la communauté se donne à elle-même. Ignorer les interdits, c’est bafouer la communauté, sans laquelle il n’y a pas de vraie fête. (Tribune de Bruno CHAVANAT dans le cadre du forum Libération, 21 mars 2009)
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