Pour opposer Etat et collectivités territoriales, le maire véhicule à l’envie tous les clichés du moment. En oubliant que derrière l’Etat et les collectivités, il n’y a qu’un seul et même citoyen et contribuable.
De conseil municipal en conseil municipal, le même air revient à tout propos et sur tous les sujets : « l’Etat se désengage ! ». Education, logement, culture, sport, aide aux collectivités…Pas un débat n’échappe à ce refrain, entonné par le maire et repris en cœur par des adjoints zélés. Tout récemment encore, comme s’il fallait réveiller l’attention des électeurs lassés par la musique de fond qu’on leur passe en boucle sur le sujet, M. Delaveau n’hésite pas à parler d’un « hold-up » dont l’Etat serait coupable.
Un « hold-up » ? On se demande en l’écoutant quel crime a pu commettre le Gouvernement. Et puis on en arrive malheureusement à la conclusion que les accents démagogiques du dérapage verbal du maire doivent plus à une certaine hypocrisie qu’à une analyse un tant soit peu objective des réalités.
Sans doute, l’accusation systématique de l’Etat à tout propos est elle commode pour essayer de valoriser les actions de la ville. A toi (l’Etat) le rôle du méchant, celui qui coupe dans les budgets, s’attaque aux démunis, sape les moyens des collectivités proches de la population. A moi (la ville et la métropole), le rôle du gentil, qui fait tout ce qu’il peut pour réparer les dégâts. Le message est simple. Il est aussi vieux que le monde : c’est la technique du bouc émissaire. Mais la ficelle est grosse.
Pour ne pas s’y laisser prendre, passons au crible trois idées reçues.
« L’Etat baisse ses concours financiers aux collectivités » FAUX. Depuis 10 ans les concours de l’Etat aux collectivités (dotations financières et compensations d’exonérations d’impôt) ont continué de progresser plus que l’inflation. Alors que l’Etat s’impose de ne pas augmenter ses propres dépenses, il fait un effort particulier pour les collectivités locales. En 2009 et 2010, l’effort a été accru avec le plan de relance. Sur l’agglomération rennaise, les investissements 2009 (13,7 Millions d’Euros) ont ainsi été doublés.
« Les collectivités locales ne sont pas responsables du déficit public » FAUX. La dette publique, qui représente plus de 1500 milliards d’euros, est partagée entre l’Etat, les collectivités et la sécurité sociale. Et si l’Etat en assume plus des deux tiers, c’est aussi parce qu’il assume seul un certain nombre de charges… dont les 80 milliards qu’il reversera cette année aux collectivités locales.
« L’Etat n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même et au bouclier fiscal » FAUX. De toutes les idées reçues, celle-là est la plus démagogique. Le bouclier fiscal (dont la pérennité va d’ailleurs être discutée dans le cadre du grand débat fiscal en 2011) représente 500 millions d’euros. Le remboursement des seuls intérêts de la dette (hors capital) c’est 50 milliards : 100 fois plus. La vérité, c’est que la dette a été reportée et augmentée d’année en année par tous les gouvernements depuis 30 ans. Et que le meilleur moyen de ne pas sortir de cette spirale, c’est de se voiler la face en continuant, à tout propos, de se défausser sur les autres de la responsabilité des problèmes à résoudre.
























