Nouvelle carte de l’intercommunalité : un accord sur un désaccord

Intervention de Bruno CHAVANAT

Conseil Municipal du 4 juillet 2011

 

La carte de l’intercommunalité soumise au débat suscite au moins un point d’accord. Mais c’est un point d’accord contre ce qui nous est présenté. Il y a accord sur un désaccord.

Désaccord sur une carte incohérente à l’échelle du département.

Désaccord sur une carte sans cohérence du point de vue de Rennes Métropole.

Nous sommes pour notre part en désaccord sur la proposition qui nous est faite. Nous voterons donc contre. Mais ce vote contre ce n’est pas un point d’aboutissement. Au contraire.

Si le débat de ce soir s’arrête à l’expression de notre désaccord collectif vis-à-vis d’une proposition contradictoire, bancale,  inaboutie, il n’aura pas servi à grand-chose. Car nous avons collectivement le devoir d’avancer.

De ce point de vue, la seule question qui compte vraiment c’est de savoir si nous sommes capables de proposer une vision cohérente de Rennes Métropole.

Si nous avons une vision claire de notre projet, alors le périmètre s’en déduira naturellement.

Si nous savons exprimer l’identité de Rennes et de Rennes Métropole, affirmer son projet urbain, dire quelle relation nous souhaitons établir entre le pouvoir local et les citoyens, rendre lisible la coopération que nous voulons établir avec les territoires voisins, alors, oui, les choses seront beaucoup plus simples.

-          Ceux qui se reconnaissent dans l’identité, dans le projet, dans la manière de gouverner viendront naturellement.

-          Ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’identité, dans le projet, dans le type de relations entre les citoyens et le pouvoir, dans la manière de gouverner ne viendront pas.

Et on peut parier que le Préfet n’aura plus besoin de passer des nuits blanches, tout affairé qu’il est avec ses grands ciseaux à redécouper sans fin la carte du département, écartelé entre les pressions des uns et les attentes des autres.

Et si le Préfet arrive à cette proposition légèrement difforme, cette cote mal taillée, c’est qu’il est pris entre deux feux.

-          d’un côté, il voudrait bien vous faire plaisir ;

-          mais d’un autre côté il est obligé de constater que votre vision expansionniste de l’agglomération n’attire pas, suscite le rejet et finalement ne marche pas. Les communautés de communes voisines n’en veulent pas.

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Réforme territoriale : pourquoi Rennes Métropole fait peur aux communes ?

Sur le vif, Tribune Libre 18 mai 2011

Dans le cadre de la réforme territoriale qui impose aux Préfets de réorganiser l’intercommunalité, les Maires des 37 communes  ont signé un texte pour affirmer qu’ils étaient ouverts pour accueillir les intercommunalités (ou les communes) désireuses de rejoindre Rennes Métropole. Il s’agissait d’affirmer collectivement que Rennes Métropole n’était pas fermée mais au contraire ouverte aux autres dans le cadre d’un projet de territoire revisité et d’une gouvernance réformée.

Plutôt que lancer des jugements péremptoires sur les élus des intercommunalités voisines qui refusent de rejoindre Rennes Métropole –élus, dont la légitimité démocratique est la même que celle des élus de Rennes Métropole et doit donc être respectée- il serait bon que la majorité s’interroge sur ce refus massif, y compris de communes proches politiquement !

Ce désir d’extension -ardemment porté par la majorité- qui comporte trois aspects dont un est intéressant (cohérence administrative, renforcement apparent par l’effet de taille) mais deux sont plus problématiques :

1/ Les intercommunalités voisines n’ont pas perçues (nous non plus) de propositions qui auraient permis à Rennes Métropole de ne pas sombrer dans la structure tentaculaire sans intégrer la nécessaire proximité (dans la prise de décision mais aussi l’organisation des services publics) que suppose un service à l’usager de qualité, surtout quand les compétences touchent la vie quotidienne des administrés . La seule vision qui est révélée est celle formulée par Jean-Yves Chapuis, qui consiste à dire : « il faut intégrer la campagne à la ville ». Nous aurions donc impérativement besoin d’avoir sous une même coupe et dans un même territoire administratif, non seulement les fonctions urbaines que nous avons déjà mais également les fonctions rurales qui nous manquent. L’idée autarcique qu’elle révèle est dangereuse à la fois sur le plan économique (nous avons besoin d’échanges) et sur le plan politique (On veut tout maitriser sous un même pouvoir)

2/ Au-delà de l’adhésion-fusion… rien n’a été proposé aux intercommunalités voisines… qui ne s’y sont pas trompées ! Aucune proposition pour revisiter le projet de territoire, les compétences, la façon de fonctionner dans un cadre élargi c’est à dire la gouvernance, dont chacun sait qu’elle repose sur une administration omnipotente au détriment des élus.  En dehors du « transport en commun » et de la « dotation de solidarité communautaire », le projet proposé c’est « entrez, asseyez-vous mais taisez-vous » … pas étonnant que nos voisins tournent les talons !  Finalement le point le plus critiquable, c’est que, de la manière dont elle est menée, la démarche d’extension se révèle finalement dans son inspiration très antinomique avec un vrai esprit de coopération. La coopération ce n’est pas abolir toutes les frontières, toutes les différences ni les volontés des voisins de rester indépendants, c’est construire avec ces différences et réussir à s’entendre avec des égaux pour offrir plus de services, plus de dynamisme à un territoire dont le dynamisme vient précisément de la diversité. Il est plus difficile (mais plus fécond) de s’ « unir dans la diversité » que de vouloir réunir au nom de logiques de pouvoir à peine dissimulées, tout le monde dans une méga structure administrative.

En tout état de cause, dans l’état actuel des choses, la carte n’est pas bonne (surtout depuis le retrait du Val d’Ille). Elle ne révèle aucune cohérence, ni du point de vue du bassin de vie, ni du point de vue géographique, ni du point de vue de l’identité du territoire.

 

Bruno CHAVANAT, Benoît CARON et Michèle PAYEN-TOULOUSE

Conseillers communautaires de Rennes Métropole

 


« Place Publique » : 400 000 euros d’argent public versés sans aucun contrôle !

Coup de gueule, Sur le vif 15 mars 2011

A l’heure où la bonne gestion de l’argent public n’est pas seulement une question de nécessité mais aussi une question de morale, où chaque euro prélevé sur le contribuable doit être un euro utile à la collectivité, où le B. A. BA de la gestion publique est le contrôle du bon usage des subventions versées, Rennes Métropole offre un contre-exemple singulier, pour ne pas dire choquant.

De quoi s’agit-il ? Entre l’été 2009 et décembre 2010, la communauté d’agglomération a attribué  trois subventions -respectivement de 75 000, 150 000 et 150 000 euros- à une association dénommée « Place des débats », présidée par l’ancien directeur de la communication de la ville de Rennes. L’objet de cette subvention ? Editer la revue « Place publique », dont l’objectif est de réunir des contributions sur le « fait urbain » et qui est vendue en kiosque moyennant un prix au numéro de 10 euros. Pour faire bonne mesure, la région Bretagne verse à  « Place des débats » 30 000 euros supplémentaires. Au total donc, plus de 400 000 euros d’argent public en moins de deux ans, auxquels il faut ajouter la mise à disposition  gratuite de locaux aux Champs Libres.

Les visées de Daniel Delaveau, qui a porté sur les fonts baptismaux cette coûteuse revue, sont assez transparentes. Il  s’agit une nouvelle fois de créer un support à travers lequel célébrer « l’exemple rennais ». Avec l’apparence d’une revue universitaire de qualité dans laquelle se nichent de larges tribunes ouvertes au maire, à ses amis élus et à ses services, l’opération est habile.

Sauf que le subterfuge semble ne pas fonctionner. A tel point que les chiffres de diffusion de la revue, qui devraient être le premier indice qu’elle répond à un besoin, sont soigneusement tenus secrets.  Quand nous avons demandé les chiffres de diffusion (notamment la diffusion réellement payée), on nous a répondu très officiellement qu’ils relevaient de l’association et n’étaient pas communicables! Ainsi donc, les contribuables métropolitains n’ont ils pas le droit de savoir à quoi servent exactement les 400 000 euros qu’ils versent. Plus grave, Rennes Métropole semble l’ignorer elle-même. Et pire encore, le président de l’association, interrogé par le Mensuel de Rennes répond «qu’il n’a pas les chiffres en tête »…

On serait prêt à rire de cette mauvaise farce, si elle ne témoignait pas d’une scandaleuse légèreté dans l’emploi de l’argent public et si le contribuable ne risquait pas -in fine- d’en être le dindon.


Revue « Place Publique » : pourquoi tant d’opacité ?

Coup de gueule, Sur le vif 17 février 2011

Rennes Métropole refuse obstinément de communiquer les chiffres de diffusion de la revue. En moins de trois ans, « Place publique » a pourtant reçu près de 400 000 euros d’argent public !

16 décembre dernier : le conseil de Rennes Métropole alloue une généreuse subvention de 150 000 euros à l’association « Place des débats » qui édite la revue « Place publique ». C’est la troisième fois en moins de trois ans que cette association présidée par l’ancien directeur de la communication de la ville de Rennes bénéficie des largesses de Rennes Métropole. Au total 375 000 euros, auxquels s’ajoutent une subvention de la Région Bretagne et la mise à disposition gratuite de locaux aux Champs Libres.

Pour connaître l’usage qui est fait de tout cet argent (dont au passage le reste de la presse, qui connaît de graves difficultés économiques aimerait bien bénéficier), nous avons demandé à connaître les chiffres de diffusion de la revue. La revue « Place publique », une revue dont l’objet est en principe de susciter le débat sur les « questions urbaines » est vendue en kiosque et par abonnement. A combien d’exemplaires ? Rennes métropole estime apparemment que ça ne regarde pas les contribuables rennais. Sollicité par nos soins, M. Delaveau répond que ces « chiffres n’ont pas à être communiqués ».

Pour une revue qui cherche à créer le débat, on aurait aimé davantage de transparence.  Il est vrai cependant que le débat reste limité. La revue se garde bien, en particulier, de solliciter les différents groupes d’opposition représentés au conseil municipal, dont les questions sont sans doute embarrassantes…


EuroRennes : un projet qui manque d’ambition

Réflexion, Sur le vif 6 décembre 2010

La ZAC EuroRennes vient d’être créée. Tout le monde est d’accord : la liaison TGV Paris-Rennes en 1 H 30 à horizon 2014 est une opportunité à saisir. Mais la réponse de l’actuel projet EuroRennes est en panne d’ambition. Trois ingrédients majeurs manquent à l’appel : un « projet phare », un périmètre large, et un espace public attractif. On est encore loin des projets de Lille ou de Bordeaux.

Aujourd’hui à Rennes, que cherche-t-on ? Quel est le projet ? Pour l’instant, il n’y a pas de réponse claire.

Ce n’est pas parce qu’on espère 120 000 passagers à l’horizon 2020 en gare de Rennes que l’on réussira à faire d’EuroRennes un lieu attractif. A Paris, la gare Saint-Lazare accueille bien plus de passagers  et reste un pur lieu de transit. Ce n’est pas parce que l’on construit 150 000 m² de bureau qu’on aura un centre d’affaire de premier plan. Qui viendra occuper ces locaux ? Au nom de quelle cohérence économique ?

UN PROJET PHARE

Quand Lille a bâti Euralille toute la réflexion amont a été conçue autour du projet économique et de plusieurs équipements phares. Bordeaux Euratlantique part de la même dynamique. Au départ il y a un projet. Un pôle culturel, environnemental et universitaire de premier plan sur les rives du fleuve. Et c’est autour du projet que s’organise le schéma urbain de l’opération. Et que dire de Bilbao ou d’autres, qui ont su coordonner un projet majeur avec un système de transport adapté et une vision anticipatrice de l’urbanisme ?

Nous faisons l’inverse. Nous avons une enveloppe.  Une belle coquille certes, joliment dessinée par des urbanistes mais sans contenu. A tel point que l’on se demande si la municipalité ne manque pas d’envie ou d’ambition pour notre ville.

Pourtant les idées et les opportunités ne manquent pas.

A défaut d’y placer le  Centre  des congrès, ce que la municipalité  n’a pas voulu par peur qu’un projet ambitieux bouleverse sa vision de Rennes, d’autres projets, culturels, économiques, scientifiques sont possibles. D’abord donner un signe fort de l’entrée en Bretagne. Avoir comme seul projet 150 000 m² de bureaux, est-ce incarner la Bretagne ? Ce pourrait être la porte d’entrée du campus universitaire de Bretagne, symbole de la vocation de Rennes en Bretagne, qui rassemble l’essentiel des capacités de recherche de la région.

UN ESPACE PUBLIC ATTRACTIF

Une gare c’est bien. Mais ça reste un endroit de passage. EuroRennes doit être un lieu ou l’on se rend pour lui-même. Et le meilleur symbole du lieu où l’on se rend pour s’y retrouver c’est un espace public. Tous les centres villes conjuguent la densité des constructions et l’existence de grandes places ou de grandes avenues ou l’on se retrouve.

Regardons là encore ce que font Lille et Bordeaux : à Lille le parc Matisse 7 ha au cœur du projet, à Bordeaux, une ambition encore plus forte avec l’intégration des berges de la Garonne comme véritable espace urbain dont on connaît la réussite. A Rennes, à l’exception de la gare elle-même le projet est organisé le long des voies, que l’on rebaptise « fleuve ferroviaire » (quelle poésie !). Il lui manque un espace central public qui ne se résume pas au simple pourtour de la gare. La solution existe. Elle consiste d’une part à couvrir les voies entre la gare actuelle et le pont de l’Alma (car c’est là qu’est l’espace au centre géographique du projet) et d’autre part à envisager un avenir intégré à la ville pour la prison des femmes car il y a là non seulement un espace public vaste mais un ensemble architectural remarquable, qui pourrait être l’un des points d’attraction du projet.

UN PERIMETRE LARGE

Si l’on veut bâtir non seulement un centre ville mais un centre d’agglomération alors on ne peut pas se contenter d’un périmètre étriqué. Or le périmètre est étriqué. Il n’inclut ni les espaces commerciaux et culturels immédiatement au nord (Colombier, Champ de Mars), ni le quartier sud gare, dont le caractère propre doit être respecté et qui fait le lien avec le sud de la ville. Or qui peut croire que ces quartiers ne seront pas impactés par le projet, surtout si des tours de 90 mètres de haut y voient le jour ? Ne pas les inclure, c’est s’exposer à l’incohérence voire à la spéculation. Bordeaux l’a bien compris, qui a inclus dans son projet une grande partie de son centre ancien, qui sera intégré de manière cohérente à la dynamique nouvelle.

Le projet EuroRennes est nécessaire mais il faut lui donner du souffle, du contenu et un périmètre qui permette de voir large. De ce choix, dépendra l’avenir du projet : une véritable ambition pour Rennes et la Bretagne ou alors la 38 ème ZAC de notre ville.


40 ans d’intercommunalité, pour un juste équilibre communes-communauté d’agglomération

Réflexion, Sur le vif 6 décembre 2010

Rennes Métropole fête cette année les 40 ans de l’intercommunalité de notre agglomération rennaise. C’est en effet en juillet 1970 qu’a été créé le District de Rennes, entre les 27 communes fondatrices, sous l’impulsion, notamment d’Henri Fréville, maire de Rennes à ce moment-là.

Les communes concernées et leurs maires avaient donc compris très tôt que chaque commune ne pouvait continuer à travailler chacune dans son coin et qu’il fallait se regrouper, volontairement et librement, pour gérer en commun certaines compétences, afin d’offrir un meilleur service aux habitants et de conduire ensemble, avec dynamisme, le développement de notre région rennaise.

Les maires de l’époque, en engageant cette démarche collective et anticipatrice, étaient aussi soucieux de préserver et de respecter l’identité des communes, car on sait combien les habitants sont attachés à leur propre commune.

Bien sûr, il y a 40 ans, le District de Rennes était loin d’avoir les mêmes compétences, et donc la même influence, sur nos vies quotidiennes que Rennes Métropole aujourd’hui.

Il n’empêche que ces élus de 1970 étaient des pionniers qui avaient su voir loin devant. Quand on voit qu’aujourd’hui, l’intercommunalité n’est encore pas mise en œuvre partout (par exemple en région parisienne), on mesure l’importance et l’ampleur du travail accompli ici en 40 ans.

Car le District a évolué. Il a accueilli de nouvelles communes, à partir des années 1990 (nous sommes aujourd’hui 37). Il a acquis de nouvelles compétences. Il a mis en place, en étant pionnier une nouvelle fois, la taxe professionnelle unique à partir de 1993. Il s’est transformé en Communauté d’agglomération en 2000.

L’intercommunalité ne se décrète pas. Elle se construit pas à pas, avec l’ensemble des communes concernées. Aujourd’hui, les services assurés par Rennes Métropole paraissent naturels : les transports en commun, la collecte et la valorisation des déchets, le développement économique, la politique du logement…Et de fait, sur un certain nombre d’objectifs fondamentaux, il y a consensus entre les communes.

Mais cet acquis ne doit pas faire oublier que sur le chemin qui permet d’avancer ensemble pour une meilleure qualité de vie des habitants et un plus grand rayonnement de la métropole, à chaque étape des choix sont nécessaires. Ces choix supposent au préalable un débat nourri, argumenté, contradictoire auquel nous nous efforçons de contribuer avec toujours à l’esprit le souci du bien commun.

Chacun sait qu’aujourd’hui des sujets importants ne font pas l’unanimité. La politique des transports (qui doivent mieux irriguer l’ensemble des communes et des liaisons inter-communales); la politique fiscale (parce qu’un impôt additionnel sur les ménages a été créé dès 2006 alors que ce prélèvement n’était ni urgent, ni nécessaire); l’ambition à donner au projet EuroRennes (parce que nous ne souhaitons pas que Rennes prenne du retard sur Lille, Bordeaux ou Nantes); enfin la manière d’associer les habitants aux décisions qui les concernent.

Car nous devons continuer à faire vivre le couple communes-communauté d’agglomération, en cherchant à maintenir en permanence un juste équilibre dans les compétences, entre celles exercées par la communauté d’agglomération et les services de proximité (urbanisme, voirie, équipements culturels et sportifs…) assurés par les communes, plus proche du citoyen.

Nous sommes convaincus que seul cet équilibre permettra à Rennes Métropole de renforcer encore ses fonctions métropolitaines, au service du développement de notre agglomération et de son attractivité.


EURORENNES : une véritable ambition pour Rennes ne peut pas naître d’un projet étriqué

Intervention de Bruno CHAVANAT

Conseil Municipal du 8 novembre 2010

 

L’arrivée du TGV à 1 H30  de Paris est une opportunité majeure. Encore faut-il la saisir.

On ne fera pas un grand projet avec une vision étriquée, dans un périmètre étriqué et sans idée du contenu.

Le projet EuroRennes se veut ambitieux : il prend comme exemple EuraLille mais il ne se donne aucun des moyens que Lille s’est donnés pour réussir son projet.

Ca a été dit maintes et maintes fois l’arrivée du TGV est une opportunité mais rien ne vient tout seul par le seul effet du TGV.

Si l’on veut un résultat ambitieux il faut :

- avoir une vraie stratégie pour le contenu avec  un projet phare,

-  il faut raisonner sur un périmètre large,

- il faut un espace public attractif.

UN PROJET PHARE

Que cherche-t-on ? Quel est le projet ? Pour l’instant, la réponse n’a pas reçu de réponse satisfaisante.

Ce n’est pas parce qu’on espère 120 000 passagers à l’horizon 2020 pour le PEM que l’on réussira à faire un 2ème centre ville. La gare Saint-Lazare accueille bien plus de passagers  et reste un pur lieu de transit.

Ce n’est pas parce que l’on affiche  200 000 m² de SHON qu’on aura un centre d’affaire de premier plan. Qui viendra occuper ces locaux ? Au nom de quelle cohérence économique ?

Quand Lille a bâti Euralille toute la réflexion amont a été conçue autour du projet économique. Comment attirer l’activité, quelle dynamique économique et culturelle impulser. Le reste, le projet architectural et urbain est venu en second. Parce qu’il y avait un projet, parce que ce projet s’incarnait dans des équipements phare : le centre commercial, le Zénith Palais des congrès, alors on pouvait dessiner l’enveloppe qui correspondrait au projet.

Bordeaux Euratlantique part de la même dynamique. Au départ il y a un projet. Un pôle culturel, environnemental et universitaire de premier plan sur les rives du fleuve. Et c’est autour du projet que s’organise le schéma urbain de l’opération.

Et que dire de Bilbao ou d’autres, qui ont su coordonner un projet majeur avec un système de transport adapté et une vision anticipatrice de l’urbanisme.

Nous faisons l’inverse. Nous avons une enveloppe.  Mais aujourd’hui c’est une coquille vide. Une belle coquille certes joliment dessinée par le cabinet Ferrier Gazeau Paillard associé au paysagiste TER mais elle est vide de contenu.

A tel point que l’on se demande si on ne manque pas d’envie ou d’ambition pour notre ville.

Tel qu’il est parti, le projet consiste à faire financer la rénovation de la gare par la vente d’immeubles de bureau. Est-ce là le projet qui va créer un deuxième centre ville et redessiner Rennes au XXIème siècle ?

Pourtant les idées et les opportunités ne manquent pas.

-          Nous avions proposé d’y placer le  Palais des congrès. Au fond, vous n’avez pas voulu parce que ce projet vous faisait peur. Peur de ne pas le financer, peur qu’il soit trop grand, peur qu’il chamboule votre vision du petit périmètre que vous envisagez de rénover, peur que l’attractivité économique de la ville ne soit pas au rendez-vous ; Au fond vous aviez peur qu’un projet ambitieux ne corresponde pas à votre vision de l’avenir de Rennes.

-          Il y a une seconde idée qui mérite d’être creusée, qui est à la fois économique et culturelle, c’est de faire d’EuroRennes le symbole de l’entrée en Bretagne qui manque terriblement et que la capitale de la Bretagne n’incarne pas suffisamment. Croyez vous qu’en affichant comme seul projet le chiffre de 200 000 m² de SHON vous fassiez rêver à la Bretagne ? Qu’est-ce que c’est que l’identité culturelle de 200 000 m² de bureaux ? Alors qu’il y a à l’évidence une carence à combler, non seulement votre projet manque de contenu mais il n’a pas de caractère. Si on veut réussir ce projet, non seulement il faut qu’il symbolise l’ambition de la métropole mais il faut aussi qu’il symbolise l’ambition de la Bretagne en réunissant en un même lieu dimension économique et projet culturel et pourquoi pas la porte d’entrée du campus universitaire de Bretagne, ce qui correspondrait exactement à la vocation de Rennes en Bretagne, qui rassemble l’essentiel des capacités de recherche de la région.

UN ESPACE PUBLIC ATTRACTIF

Deuxième aspect de la réussite des projets qui sont habités par une ambition. Il faut un espace public au cœur du projet.

Une gare c’est bien. Mais ca reste un endroit de passage. Un centre ville, ce n’est pas qu’un lieu de passage, c’est un lieu ou l’on se rend pour lui-même. Et le meilleur symbole du lieu ou l’on se rend pour s’y retrouver c’est un espace public. Tous les centres villes conjuguent la densité des constructions et l’existence de grandes places ou de grandes avenues ou l’on se retrouve.

Ce qui est proposé là  c’est un centre ville qui aura la densité mais qui n’aura comme seule place que la place de la gare, comme seul jardin que le jardin qui entoure la gare. C’est-à-dire des lieux où on est pressé, pas des lieux où on se retrouve.

Regardons là encore ce que font Lille et Bordeaux.

- A Lille le parc Matisse 7 ha au cœur du projet.

- A Bordeaux, une ambition encore plus forte avec l’intégration des berges de la Garonne comme véritable espace urbain dont on connaît la réussite..

A Rennes, à l’exception de la gare elle-même le projet est organisé le long des voies. Il lui manque un espace central public, paysager qui devienne le parc central  ou la grand place du 2ème centre ville.

Simplement la logique qui y conduit vous n’avez pas osé l’envisager.
Elle consiste d’une part à couvrir les voies entre la gare actuelle et le pont de l’Alma (car c’est là qu’est l’espace au centre géographique du projet) et d’autre part à envisager un avenir intégré à la ville pour la prison des femmes car il y a là non seulement un espace public vaste mais un ensemble architectural remarquable, qui pourrait être l’un des points d’attraction majeur du 2ème centre ville

UN PERIMETRE LARGE

La nécessité de prévoir un projet phare et celle de créer espace public important renvoient à une troisième caractéristique nécessaire à la réussite d’Euro Rennes : un périmètre large.

Si l’on veut bâtir non seulement un centre ville mais un centre d’agglomération alors on ne peut pas se contenter d’un périmètre étriqué. Or ce périmètre est étriqué.

-          Il a certes été un peu étendu jusqu’à englober en apparence la prison des femmes mais il ne comporte aucun projet réel d’intégration de la prison.

-          Mais il ne comporte aucune extension dans le quartier Sud-Gare

-          Qu’est-ce que cela révèle ? Est-ce que cela veut dire que le quartier sud gare ne sera pas impacté ? On n’a jamais vu de cohabitation proche de grands immeubles et de pavillons avec jardins qui ne conduisent pas à terme plus ou moins bref à de la spéculation immobilière et au grignotage progressif du secteur pavillonnaire.

-          Cette évolution prévisible, faut-il l’ignorer ou l’anticiper ? Il faut naturellement l’anticiper, parce que l’ouverture au sud de la ville ne se fera que si EuroRennes, non seulement franchit les voies SNCF, mais rejoint le boulevard Clémenceau et l’Hôtel d’agglomération.

-          Enfin, si l’enjeu est réellement de créer un deuxième centre de la métropole au sud de la Vilaine, alors c’est l’ensemble des périmètres actuellement en recomposition qui doit être intégré à la démarche d’urbanisme opérationnel. Faute de quoi, nous aurons un patchwork davantage qu’une vision cohérente. Là encore, prenons l’exemple sur ce qui s’est fait à Lille et sur ce qui est en préparation à Bordeaux.

Monsieur le Maire, il est temps de redonner du souffle à ce projet, de l’ambition à son contenu, une dimension suffisante à son périmètre.

De ce choix, dépendra l’avenir du projet : une véritable ambition pour Rennes et la Bretagne ou alors une énième ZAC de notre ville.


Développons les liaisons intercommunales

Sur le vif, Tribune Libre 5 novembre 2010

Rennes Métropole a engagé ces dernières années de lourds projets de développement des transports : la ligne b du métro entre Saint-Jacques-de-la-Lande et Cesson-Sévigné, l’axe est-ouest entre la place de la République à Rennes et Cesson-Sévigné, le bus à haut niveau de service (BHNS) entre la station VAL de la Poterie et Chantepie…

 

Ces projets sont certes majeurs mais ne comblent pas tous les besoins de déplacements des habitants de l’agglomération.

En premier lieu, le concept même de ville archipel induit  un développement de pôles devant assurer aux personnes qui y habitent des services et équipements de proximité et des emplois. Pour être plus efficace encore dans la gestion de nos communes, particulièrement les plus petites, la question se pose de la mutualisation des équipements en périphérie de la ville centre. C’est une réflexion en cours, et des études engagées par l’agence d’urbanisme, l’Audiar, nous y incitent d’ailleurs. Mais pour qu’une telle mutualisation fonctionne, pour que les habitants des communes périphériques puissent utiliser ces services sans contraintes de déplacements, notamment les familles, nous avons besoin de moyens de transports collectifs plus performants pour relier entre elles les communes de la ville archipel.

En second lieu, ces projets ne répondent que partiellement à une importante nécessité : limiter les flux entrants et sortant de la ville de Rennes. Seul le bus à haut niveau de service Poterie/Chantepie le favorisera, au profit des communes sud-est de l’agglomération. En parallèle, trop d’incertitudes pèsent sur le financement de la ligne b du VAL pour affirmer qu’elle permettra, à son ouverture, de soortir de Rennes vers Saint-Jacques à l’ouest et vers Cesson-Sévigné à l’est.

C’est pourquoi, tenant compte des besoins effectifs des habitants des communes périphériques, tenant compte des projets de mutualisation d’équipements publics dans les communes, et tenant compte des aléas qui pèsent sur la trajet final du métro, nous souhaitons que Rennes Métropole engage une politique volontariste en faveur des déplacements de proximité, en cohérence avec la ville archipel et la volonté politique commune de notre agglomération de favoriser les transports en commune pour tous.