63, 73% : c’est le chiffre exact de l’abstention au 1er tour des élections cantonales du mois de mars. Traduction : près de deux Rennais sur trois ont estimé qu’ils n’étaient pas concernés ou que le déplacement au bureau de vote ne valait pas la peine.
La désaffection est telle qu’elle résulte nécessairement de plusieurs causes. Mais elle a en tout cas un effet certain. Les conseillers généraux nouvellement désignés à Rennes totalisent 10 000 voix de moins que leurs prédécesseurs élus en 2004. Aucun d’entre eux ne bénéficie de la confiance de plus d’un électeur sur quatre. Comment leur représentativité, leur capacité d’agir et même la légitimité de l’institution qu’ils incarnent n’en souffriraient elles pas ?
Dans ce contexte, les lamentations d’usage des soirs d’élection ne sont pas d’un grand secours.
Ce qui compte désormais, ce sont les moyens concrets que l’on peut mettre en œuvre pour redonner du souffle à une démocratie qui en manque.
« Trois types de réponses sont à portée de main. Il ne faut en négliger aucune. »
La réponse la plus élémentaire est la mise à jour des listes électorales. Pour que les habitants soient également électeurs et que les électeurs soient –sauf exception- inscrits là où ils résident. On pourrait imaginer que cela va de soi. Eh bien non ! Une simple comparaison entre les listes électorales et les adresses postales conduit à constater qu’une fois sur cinq, ça n’est pas le cas. C’est une responsabilité du maire que de mener ce travail à bien. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a, à Rennes, du pain sur la planche.
Vient ensuite la question institutionnelle. Les responsabilités du Conseil général sont elles clairement identifiées ? Le mode de scrutin actuel est-il adapté ? Ceux qui ont mené campagne et ceux qui observent les résultats peuvent répondre d’une même voix : c’est non ! Comment savoir si le Département intervient pour la culture ou le sport quand cinq autres niveaux d’administration (commune, métropole, région, Etat, Europe) ont le même champ d’intervention ? Comment me rappeler que je vote, si mon voisin d’en face, le même jour, n’est pas concerné par l’élection ? Face à cet embrouillamini, la réforme des collectivités territoriales votée à l’automne à l’initiative du Gouvernement apporte une réponse : en 2014, les conseillers territoriaux seront élus en même temps sur tout le territoire et il sera mis fin au chevauchement de compétences entre Département et Région.
Cependant, à quoi bon l’actualisation des listes électorales et le chantier institutionnel si l’élection demeure un moment purement formel qui n’engage les élus que le temps d’une campagne ? Si, passé le temps de l’élection, l’électeur-citoyen est à nouveau considéré comme un administré anonyme dont l’avis compte si peu, comme on a pu le voir l’an passé à propos de la vie en Centre ville, de la prairie des Matélouères, de l’école Kennedy, de l’usine de Villejean, de la bibliothèque Saint-Martin et de bien d’autres sujets encore… A Rennes, le taux d’abstention a été de 6 points supérieur à la moyenne départementale : n’est-ce pas l’indice qu’il faut changer les pratiques et s’interroger sur le « modèle rennais » ?
Un « modèle rennais » qui se paie à grands frais des « Caravanes de quartier » (150 000 euros l’an dernier), qui contrôle les médias (TV Rennes, Rennais, Info Métropole), multiplie les campagnes promotionnelles, s’achète une revue pour illustrer ses politiques (« Place publique » 180 000 l’an dernier), invite le forum Libération (NNN 000 euros), s’invente une « Cité des idées » dont personne n’a bien saisi ce en quoi elle consiste… et finalement s’accommode de la plus basse participation des villes de l’ouest aux élections… N’y aurait il pas, au royaume du PS local, quelque chose de bancal ?
Bruno CHAVANAT